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15/12/2015

Adam s'élève

Marcel Renard, à Pontoise, le 12 Décembre 2015

Adam est mort, Dimanche 10 Décembre.

Adam était une figure de Pontoise. C’était un clochard incontournable à Pontoise, mais on devrait dire un SDF car notre société policée a pris l’habitude afin de tenter de les édulcorer de coller des acronymes sur toutes les réalités. clochard,sdf,pontoise,adam,cergy

Autrefois, les gens n’avaient pas de nom, juste des prénoms. C’est une habitude qui nous vient du Xeme siècle que d’avoir un nom de famille, et entre le Vème et le Xeme siècle, on avait juste un prénom et parfois un nom de tribu. Le prénom, c’était le nom donné au baptême. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, les reines et rois se font appeler de leur prénom uniquement. Lorsqu'on parle de François 1er, tout de monde sait qui l'on évoque. Mais qui serait capable de donner son nom ?

Et bien Adam, pour les Pontoisiens, il n’avait pas de nom, mais juste un prénom « Adam ». C’était « Adam ». Tu as vu « Adam » dans quel état il était ? J’ai croisé «Adam ».

C’était comme cela. Son royaume à lui, c’était la rue.

Malgré un alcoolisme à un point difficilement quantifiable, il avait une personnalité assez marquée : Son horizon se mesurait en bière, non pas au pluriel mais bien au singulier, car s’il quémandait un peu partout, un peu à toute heure, il ne quémandait que ce qu’il lui fallait pour zigzaguer jusqu’à l’épicerie du coin se chercher la prochaine cannette de bière : Ainsi, son horizon semblait être découpé en tranches de 10 minutes.

Forcément, ça se terminait souvent mal : Coups, gnons, agressions sur sa personne, ecchymoses sur des pans entier du corps, dans le caniveau, sur le trottoir, contre un pan de mur, bref là où la dernière cannette l’avait vu encore debout.

Adam a animé les rues de Pontoise pendant bien des années, arrosé ses murs et plus encore ; il a occupé les pompiers, les services sociaux, les associations, la mairie, les riverains, et les épiciers de Pontoise, de la place de la gare, la place Notre-Dame jusqu’à celle des Cordeliers lui doivent bien une ultime bière.

Une fois, c’était à l’angle des  rues de la Bretonnerie et de l’Hôtel de ville - un endroit où il aimait à se répandre – une « bonne âme » avait dû appeler les pompier car Adam devait avoir la tête dans le caniveau. La tête, lorsque ça tape par terre, ça saigne facilement. Il gisait là contre le réverbère, et autour les pompiers qui essayaient de l’interroger :

- « Adam, on va t’emmener à l’hôpital de tel endroit (où, ne ne sais plus ou) car il n’y a plus de place à Pontoise » .

Adam, à moitié inconscient, la tête dans les étoiles, mais quand même les pieds sur terre, dans un râlement :

- « Non, emmenez moi à l’Ile Adam, c’est mieux »

Qui ne s’est pas fait racolé par lui, parfois invectivé, jeté des cannettes ? C’est-à-dire que sous l’emprise de l’alcool, tout devenait  possible à un homme qui pourtant avait envie de parler avec ses semblables.

Certains commentaires sur sa personne sont indélicats . C’était sans doute juste un gars pour qui la vie n’a pas dû être très féconde. Mais les clochards, pour peu qu’on veuille réfléchir un minimum, ça nous ramène à la fragilité de notre propre existence. Pour certaines personnes, la vie se passe mieux que pour certaines autres. Certains naissent avec une cuillère dorée dans la bouche, d’autre avec de la misère jusqu’au fond des yeux pour nourrir une théorie d'héritiers. Et ce ne sont pas nécessairement les derniers qu’on retrouvera dans le caniveau, pas plus que les premiers sous les ores de la République.

Quelqu'un saura peut-être dire qui il était, comment il s'appelait, qui était sa famille ? Tout ce qui est sûr, c’est que c’était une figure de Pontoise, pour preuve le nombre de commentaires qu’il réunit sur son décès ferait envie à plus d'un notable.

Les jeunes le connaissaient sans doute mieux. Un nous disait qu'il n’était pas pauvre, qu’il n’avait pas réellement besoin d’argent, et que le moment important dans le mois, c’était celui où il recevait son allocation. Mais la qualité de sa bière allait décroissant à mesure que le mois avançait.

Il ne s'agit pas de faire un beau discours pour se donner une belle conscience, mais simplement de dire que tout comme il fût, Adam faisait partie de la communauté, et de rappeler que notre communauté contrairement à bien d'autres villes , et c'est tout à son honneur, même si parfois il faut reconnaitre qu'on se laisserait aller à la faiblesse de  le souhaiter, ne fait pas la chasse aux clochards.

Certaines personnes de bonne éducation disent de ces gens-là qu’ils n’ont qu’à travailler, que ce sont des fainéants et qu’on n’a pas à leur faire l’aumône : Ce sont souvent ces mêmes personnes que l’on retrouve au fast food le dimanche, en train d’amuser leur progéniture en jetant des miettes aux moineaux, les faisant accourir de toute part par volées toutes entières. Les animaux n’ont pas d’âme disent-ils. Mais les clochards ? Leur déviance légitime-t-elle le fait de s'assoir ainsi sur ses convictions, alors qu'il suffit de regarder la taille des moineaux autour des fast food pour comprendre qu’ils ont eux aussi sans doute pas mal de problèmes avec leur foie. Ainsi, si l’on est capable de jeter les reliefs de son repas aux moineaux, ne pourrait-on pas a minima considérer les mendiants comme des sortes d'animaux insignifiants et leur faire l’aumône des piécettes rouges de nos fonds de poche ?

Si chaque personne qui a mis un "j’aime" sur la publication annonçant son ce décès s’arrêtait demain mercredi 15 Décembre devant chez Delahaye, la fleuriste à côté du cimetière, pour mettre simplement quelques euros dans une enveloppe, Adam pourrait recevoir une couronne comme rarement Pontoisien en a reçue. Et pour tout vous dire, n'y aurait-il pas un peu de fierté à se dire que nous habitons une ville dont les citoyens respectent jusqu’à la tombe le plus humble des leurs ?

 

19:13 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : clochard, sdf, pontoise, adam, cergy, esperer95, sdf mort dans la rue | | |  Facebook

03/12/2011

Le métro à l'heure des SDF

Winter , le 23 Mars 2006 

www.mai2012.fr

"Une simple erreur d'appréciation

Potron-minet, gare Saint L azare, Vendredi matin . Station de métro ligne 13 direction Châtillon .

Pas grand monde à cette heure. Normal. Le Parisien qui n’est pas parti en week-end reste encore au lit si tôt matin. Le parisien est un citadin qui s’apprécie in situ du lundi au jeudi, de préférence aux heures ouvrables. Le reste du temps, le Parisien est soit au lit, soit à Deauville, soit encore à la noce. Pour l’heure, on croise uniquement les noirs, les ouvriers, les travailleurs. L’écrin de béton du métro sorte lascivement  de sa torpeur nocturne. Quelque éclat d’une toux caverneuse suivi d’un bruit de crachat glaireux qui vient finir sa course sur goudron fraîchement balayé  émaille le brouhaha encore timide du quai. Odeur d’urine et de cigarette mal éteinte de la veille. Le jour se lève. C’est l’heure des pauvres.

Accroché au fait d’un poteau dans son coffre laqué noir, le panneau indicateur rappelle de ses lettres lumineuses au chaland encore endormi que pour ce jour encore, il pourra bénéficier de tous les services de la RATP. Pas de mouvement social en vue ; prochaine rame dans une minute quarante.

Un mouvement social est une période qui – très paradoxalement - se caractérise par l’immobilisation de la société. Plus la mobilisation est forte, plus le mouvement est important est plus l’immobilisation est forte.

La technologie mise en œuvre dans ce panneau lumineux qui, tel un oracle antique, peut,  dans les temps aussi troublés que nous vivons,  prédire l’avenir avec une précision si redoutable,  force l’admiration.

Encore une minute vingt à attendre.

Sur le sol, à la naissance de la voûte, comme dans la plupart des stations parisiennes, les ingénieurs ont ménagé de manière fort habile  une petite rigole d’un dizaine  de centimètres de large sur 3 à 4 de profondeur : L à, les armées de l’ombre, ces rois de la propreté,  hommes et femmes le plus souvent noirs, assez régulièrement dans une situation qui souvent ne l’est pas, ces hommes et ces femmes que l’on rencontre dans le tout premier train de banlieue du matin, celui dont le pantographe en hiver fait fondre la première glace de la caténaire . ,  à la main le petit sac de toile contenant l’indispensable et économique casse-croûte, parfois  voyageant pour les plus habiles d’entre eux dans le compartiment vélo en compagnie de leur petite reine , car à cette heure, c’est le système « D » qui prévaut pour rejoindre son lieu de travail, ces hommes et ces femmes équipés d’un balai de plastique au longues et souples palmes vertes  que des équipes entières de marketing ont conçu , velléité dérisoire, avec pour ligne directrice le vœux d’imiter le  traditionnel balai de genet des cantonniers de notre enfance, ces hommes et ces femmes de l’ombre peuvent y chasser d’un geste indispensable, ample et cadencé les résidus que des voyageurs peu précautionneux ont plus ou moins lâchement abandonné au sol  : Tickets usagés, étuis de cigarette vide, peigne de cheveux, élastiques, papier et toute une kyrielle d’objets tous plus improbables les uns que les autres .

Prochaine rame dans une minute dix.

C’est dans ce petit caniveau que  tard dans la soirée, les hordes de sans abri iront soulager leur vessie par trop chargée du mauvais vin des épiciers noctambules, et qu’au petit matin, les derniers fêtards parisiens y viendront épandre  la jardinière acidulée de  leurs estomacs retournés comme des peaux de renards .

Une minute d’attente .

Pour l’heure, cette rigole est encore pratiquement vierge.

Adossé contre le mur  de la station, notre homme, fait du surplace et en profite  pour y coincer régulièrement  le talon de ses brodequins de marche. Il est antillais, ghanéen, capverdien peut-être.

Il a trente cinq ou quarante ans maximum.

Son visage mat, soutenu par une élégante barbiche soigneusement taillée et peignée est calme. Son regard alternant de gauche à droite semble répondre à des impératifs de contrôle d’une situation qui se déroule sans heurt.

Campé très volontairement sur ses deux jambes, dans la lignée des conquérants d’espaces sauvages, il porte un jean légèrement défraîchi, mais propre,  une parka de sport assez ample bleue marine parée de grandes poches plaquées sur le devant et surmontée d’un col qui lui couvre bien le cou. Son manteau légèrement entr’ouvert laisse deviner une chemise de jean boutonnée jusqu’en haut du col. Avec son air tranquille et ses chaussures montantes,  promptes à supporter de longues et harassantes stations debout, il a tout le nécessaire du fonctionnaire de la RATP.

Sur le haut de la manche gauche de sa veste de nylon, la broderie d’une improbable  latitude et d’une non moins improbable  longitude masque difficilement le fait que l’expédition la plus australe que notre homme ai sans doute jamais diligentée s’arrête probablement à la porte d’Orléans.

Encore quarante secondes à attendre.

On entend sourdre des entrailles de la terre, d’abord timidement puis de plus en plus perceptiblement le bruit de la étreinte métallique des boggies sur les rails . L e coup d’œil prompte  et précis, notre homme porte son regard par delà la fin du quai opposé, vers l’endroit ou les rails viennent mourir dans la pénombre du souterrain naissant, juste au dessus d’une pancarte émaillée qui rappelle au profane les limites du domaine de l’usager, en direction des indicateurs lumineux aux significations sans doute limpides pour le professionnel de la profession mais de toute évidence totalement incompréhensible pour le commun des mortels .

Il conserve dans sa main droite un crayon à papier de type 2B soigneusement taillé et prompt à servir tandis que sa main gauche  – tel celle d’un journaliste prêt à prendre des notes – tient précautionneusement un épais carnet dont les nombreuses pages passablement décalées et écornées  à force d’être manipulées sont recouvertes de manière méthodique de rangées scrupuleusement  alignées de petits numéros.

Il fait froid dans cette station qui pour l’heure ne bénéficie pas encore du nombre  pour y faire monter de quelques degrés la température ambiance, aussi, pour se réchauffer, notre homme se balance alternativement d’un pied sur l’autre. Pied gauche, pied droit, pied gauche, pied droit.  C’est qu’entre deux rames, le temps paraît bien long. Et comme il faut bien faire quelque chose, a chaque fois qu’il vient à s’appuyer sur un pied, il tape deux fois très rapidement et très discrètement son talon derrière la marge de la rigole ; Pied gauche tic tic, pied droit tic tic, pied gauche tic tic….

En fonctionnaire zélé,  immobile, il scrute avec minutie l’entrée du tunnel, rythmant de ses pieds engourdis un temps qui a du mal à passer: Pied gauche tic tic, pied droit tic tic, pied gauche tic tic….

A l’apparition de la rame, il stoppe son surplace et note dans sa colonne de chiffres quelques numéros, probablement la référence du train qui apparaît en lettres lumineuses  au frontispice de la motrice. Puis il récapitule méticuleusement en repassant par un pointage du  bout de son crayon si  bien affûté l’ensemble des inscriptions depuis la première rangée de la colonne.

Du travail précis, effectué dans le calme, du travail soigné, du travail bien fait.  Voici qui force le respect, voila ce que le monde entier nous envie dans nos chemins de fer et qui  nous permet de vendre notre TGV aux japonais : l’art de la belle ouvrage.

Les portes s’ouvrent, les quelques voyageurs montent, tandis que d’autres descendent, les portes se ferment , la rame repart. Notre homme ferme son carnet et se remet en mouvement Pied gauche tic tic, pied droit tic tic, pied gauche tic tic….

Les trains doivent être à l’heure : En l’absence de mesure de résultats, comment juger de l’impact d’une action sur une organisation globale ? Et pour qu’un service soit efficace, il convient d’en mesurer et d’en suivre précisément les effets , en terme de résultat : ponctualité, disciple, régularité, amour des choses bien ordonnées. Voici ce qui manque en France. Il faut remettre la France au travail, à l’image de ce fonctionnaire qui effectue consciencieusement un travail qui n’est pas forcément très gratifiant.

-         Pied gauche tic tic, pied droit tic tic, pied gauche tic tic….

-         Une nouvelle rame arrive.

-         Les portes s’ouvrent

-         Les voyageurs montent et descendent

-         Notre homme s’immobilise

-         Ouverture du carnet

-         Ecriture

-         Les portes se ferment

-         Récapitulons en comptant depuis le haut de la colonne.

-         Fermeture du carnet

Un je-ne sais-quoi dans l’attitude de ce fonctionnaire ne colle pas et m’intrigue. Peut être est-ce simplement le fait que j’entr’aperçoive au dos du petit papier sur lequel  il écrit en s’appuyant sur son carnet qu’il s’agit d’une note de fast-food.

Et tandis que notre homme reprend son manège, pied gauche, pied droit, je décide de laisser passer quelques rames en sa compagnie sur le quai devenu maintenant désert.

-         Pied gauche tic tic, pied droit tic tic, pied gauche tic tic….

-         Une nouvelle rame arrive.

-         Les portes s’ouvrent

-         Les voyageurs montent et descendent

-         Notre homme s’immobilise

-         Ouverture du carnet

-         Ecriture

-         Les portes se ferment

-         Récapitulons en comptant depuis le haut de la colonne.

-         Fermeture du carnet

Image d’une société dont les individus sont broyés par des activités sans intérêt, ce processus qui se répète invariablement trahit plus probablement l’absurdité d’une tâche dont un fonctionnaire perdu dans le fond d’un obscur bureau a ordonné l’exécution au seul motif qu’on le lui avait à lui-même demandée.

Au pied de notre homme, des effets personnel : une sacoche dans laquelle le cadre de bureau y met usuellement un ordinateur portable, et qui contient sans doute le matériel nécessaire au contrôle des titres de transport ainsi que les divers horaires indispensables à une bonne synchronisation des opérations ferroviaires, un sac à dos de petit format semblable à ceux que les adolescents portent invariablement en toute circonstance, un attaché case d’un modèle bien ancien, et quelques sacs en plastique jaune dont l’un d’entre eux, sanglé par des sandows élastiques, trahit finalement l’appartenance de notre homme à la cohorte des miséreux, qui, bagages aux bras, hantent au petit matin les quelques rares endroits de la capitale ou l’on peut se sentir pour quelques temps à l’abri de morsure d’un froid qui tard à disparaître dans l’hiver finissant, et ou bientôt la présence de la foule permettra de camoufler sa propre solitude.

-         Pied gauche tic tic, pied droit tic tic, pied gauche tic tic….

-         Une nouvelle rame arrive.

-         Les portes s’ouvrent

-         Les voyageurs montent et descendent

-         Notre homme s’immobilise

-         Ouverture du carnet

-         Ecriture

-         Les portes se ferme

-         Récapitulons en comptant depuis le haut de la colonne.

-         Fermeture du carnet

J’observe.

Que note-t-il sur son carnet ?

Je ne sais pas.

Peut-être tente-t-il pas une incertaine intercession divine de trouver à travers l’ordonnancement des métro la prochaine combinaison gagnant du loto ?

Plus vraisemblablement notre homme est psychotique, et , en l’absence de toute contrainte, il s’est investi d’une improbable mission.

Combien noircira-t-il calmement de pages avant qu’on s’intéresse à lui ? Sans doute cela n’est il même plus son problème. Il s’est construit un univers orthonormé ou lui-seul s’y retrouve.

Loin des débats sur le CPE, vraisemblablement sans travail, sans abri, sans famille, au ban de la société,  il n’existe socialement plus ,  pas même  pour les statistiques. Il  s’est trouvé là une raison de vivre. Au rythme d’une gymnastique précisément cadencée, il attend, évalue, scrute, compte, vérifie et note des chiffres dont lui seul détient l’explication.

Paris - 23 Mars 2006

 

 

17/11/2011

Loin des fasts du Fouquet's, petite leçon de vie à usage des riches et bien-portants.

 http://www.mai2012.fr/

 Winter, le 17 Novembre 2011

 De bon matin, place Stalingrad. Je vais au turbin. Sur la place, de loin, un grand black, le pas assuré et le regard hirsute, s’avance vers moi. On les reconnait de loin, les sdf. Je sais qu’il va me démarrer ma journée en me tapant un euro, un ticket restau ou une cigarette… De temps en temps, ça va, mais au quotidien, cela devient fatiguant. J’ai pris l’habitude d’anticiper. Une fois à ma hauteur, avant même d’attendre le début de sa phrase :

 -       « Bonjour, vous z’auriez pas une cigarette ».

 Je sais, ce n’est pas drôle, c’est facile de renverser les situations, surtout pour un nanti,  mais ça défoule. Surtout que je ne fume pas.

 Le zigomar, surpris, mais qui ne se démonte pas - c'est son job, de quêter... :

 -       « Bonjour, je suis à la rue. Mon seul moyen de survie, c’est de faire la manche » (etc etc…) la musique est toujours la même, on finit par connaitre la chanson.  

 Je coupe rapidement court à son monologue :

 -       « Hélas non, j’ai pas une thune. Tous les soirs lorsque je rentre à la maison, les gosses me demandent la même chose, mais j’ai vraiment rien, que des dettes… »

 Le type me regarde, vraiment effrayé. Je dois avoir l’air convainquant malgré les piécettes qui tintinnabullent au fond de ma poche, et qui pourraient lui faire un petit déj copieux :

 -       « Ah bon ? Pour la cigarette, j’ai que celle là, prenez la si vous voulez… »

 (Il me tend son mégot fumant, à peine entamé)

 Un  peu prix au dépourvu, je réponds la première phrase qui me passe par la tête :

 -       « Merci, c’est gentil, mais non, c’est pour ramener à ma femme ».

 On se quitte gentiment, lui hébété, repartant vers un autre chaland,  et moi, très con, m’en allant à mon travail.

 Voila : Même en temps de crise, le type qui n’a rien a quand même quelque chose à donner à celui qui a largement plus que lui.

 Petite leçon de vie pour démarrer la journée…

 

15/01/2008

La lessive qui lave plus blanc que blanc

Winter le 15 Janvier 2008 http://urbanitasmagories.20minutes-blogs.fr/

Dans le journal gratuit « métro » du 14 Janvier 2007,  on apprend cette information particulièrement dépitante :

« Pierre Chevalier, qui le crâne rasé et l’anneau à l’oreille, a incarné dans les années 80 le très charismatique ‘Monsieur Propre ‘ dans les publicités télévisées,, est menacé de devoir quitter sa caravane, jugée trop sale, dans un camping de Saint-Chéron (essonne) »

Pour vous, monsieur Propre, cela ne vous dit pas grand-chose, mais pour moi, c’est un peu l’égal d’une sorte de superman, le symbole absolu de cette attente de l’avènement d’un monde immaculé, où la propreté intégrale règnerait aux cieux, sur terre et dans les flots, le monde parfait sans microbe et souillure d’aucune sorte .

Bel  homme, ce monsieur Propre, avec sa boucle en or pendant au lobe de son oreille . Chauve et tout en muscle, le torse bombé, les bras croisés sur ses poings de manière à faire discrètement ressortir les biceps,  il a , à n’en pas douter,  inspiré kyrielle  de personnes dont vraisemblablement Jean Paul Gaultier avec son omniprésent personnage du marin viril et tatoué .

Dans les années 80, j’avais une vingtaine d’années : c’était les années Coluche . « tous ensemble pour leur mettre au cul » disait il sans sa profession de foi publiée lors de sa tentative d’accès à la candidature aux élections présidentielles . Dans les années 80, on allait voir les inséparables Font et Val . Font laissait aller son délire pédophile en public . On était tous pliés de rire, surtout au moment ou Font parodiant une chanson de marin, parlait de monter sur la dunette, pour enculer les mouettes,  et que toute la salle à faisait « huihui » à l’unisson . Dans ces années-là, Font et Val étaient encore amis . Val n’avait pas encore renié son incomparablement plus talentueux frère de scène, celui qui repousserait plus tard les limites de ses fantasmes jusqu’à l’obtention d’une belle paire de bracelets chromés .

Ainsi font, font, font…

Dans les années 80, on se disait tous que M . Propre allait pouvoir venger la mère Denis (Vedette : « c’est vrai, ça ! »), vous savez, celle qui s’était fait complètement lessivée  par les machines à laver Vedette .

Monsieur Propre, Mère Denis . Une époque terrible, avec des personnages terribles . Pas seulement l’époque de mes vingt ans, mais aussi l’époque des radio libres (liberté qui en vérité n’a duré que quelques mois seulement dans les années 1982, avant que tonton n’arrive) . De ce point de vue, on a compris ou menait la liberté : à la merde, avec pour seul vestige radiophonique Radio Nova, la sono mondiale qui a su conserver un ton authentiquement impertinent & novateur dans sa musique .

Alors quand j’ai lu cet article sur M . Propre, c’est encore une partie de cette époque qui s’est effondrée :  L a mère Denis n’est plus, ou du moins je le suspecte . Coluche est à Montrouge et à son tour, Monsieur Propre vit sans doute plus de l’air du temps que des royalties sur son image quelque part dans un camping en Ile de France .

Décidemment, les lessiviers sont de biens tristes  voyous, assassins de rêves et briseurs de fortune . Dans quel monde tragique vivons nous ! Ce monsieur, qui a créé des ponts d’or aux lessiviers habite désormais dans une caravane qui, de surcroît, est sale . On veut l’en chasser .

Monde Cruel . Monde Tragique . Comédie de la vie .

En dernier symbole de l’ironie d’un monde moderne en train de vasciller, pendant que Notre Bon Suzerain projette de convoler en juste noce avec sa chanteuse italienne  entre deux séjours sur dans le Falcon de Vincent Bolorré, Monsieur Propre doit rester dans sa caravane, son dernier espace de liberté .

2008 sera vraisemblablement l’année du dernier poilu . Avec lui s’éteindra la mémoire vivante des horreurs d’une guerre terriblement meurtrière méticuleusement organisée par les hommes politiques  dépravés, marionnettes d’une société industrielle qui n’avait trouvé comme moyen de déployer la machinisme agricole et les crédits allant avec vec

Monsieur Propre, dernier témoignage d’une société qui se barre complètement en vrille, ne pourrait assumer sa crasse dans sa caravane .

Ne laissons pas la propreté envahir notre vie . Monsieur Propre doit rester . Mobilisons nous pour que cet  homme qui a porté haut et fort les couleurs du blanc immaculé des pollueurs que sont les lessiviers puisse rester dans son antre crasseuse .

Faites circuler ce message tout autour de vous, pour qu’un raz de marée de messages et de lettres de soutien envahisse la mairie de Saint Chéron, (Essonne) afin qu’un comité de soutien à monsieur Propre se mette en place . N’hésitez pas à envoyer un message au maire de Saint Chéron : jpdelaunay.maire@wanadoo.fr

 

12:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Lessive, lessivier, propre, Saint chéron, pub, sdf | | |  Facebook

 
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