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06/08/2015

Haro sur Taubira

Marcel Renard

Le 06/08/2015

« Taubira la débile»

Taubira propose une loi dépénalisant la conduite sans permis. A première lecture, et même à seconde lecture, l’idée parait complètement farfelue, et des hordes de boucliers se lèvent contre cette personne dont on peut dire beaucoup de choses désagréables mais qui a le mérite de réfléchir.

permis taubiraAlors, si, à notre tour, nous essayions aussi de réfléchir ?

Tout d’abord, de quoi s’agit-il

Aujourd’hui, la conduite sans permis est passible d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. Madame Taubira propose que, lorsque les faits «seront constatés pour la première fois » et à l’exception « de certaines circonstances » (alcoolémie, pas de ceinture...), l’automobiliste ne devra plus s’acquitter que d’une amende de 500 euros, et il y a dépénalisation de la chose.

L’argument de Taubira est le suivant : Aujourd’hui, de toutes façons, les tribunaux ne prononcent jamais de prison et prononcent en moyenne 450 euros d’amende. C’est donc une manière simple de désengorger les tribunaux, tout en gagnant au passage un petit billet…

Donc, on peut valablement se demander pourquoi cette loi, que l’on peut taxer rapidement de stupide provoque un tel tollé ?

On pourrait dire à Taubira qu’en renforçant correctement les effectifs de justice, on pourrait appliquer plus sereinement la loi, mais par les temps de restrictions tous azimut, cela risque de rester un vœu pieu. Donc il convient de rester pragmatique.

La vraie réponse au pourquoi de ce tollé général ne se trouverait pas ailleurs que dans la logique, par exemple dans quelque chose que l'on retrouve dans les concours d’entrée aux grandes écoles, les bizutages et autres formes de sélection : L’heureux élu, celui qui a payé 3000 euros pour avoir son permis – une somme totalement déraisonnable au regard du but à atteindre - , ne se dirait il pas inconsciemment que puisque lui a payé le prix fort, il n’y a pas de raison pour que des rigolos puissent rouler avec seulement un risque de 500 euros : Celui qui a été bizuté bizute les autres, c’est bien connu…

Mais pour tous les amoureux de la vraie justice, comme ces parents malheureux d’enfants tués par des chauffards, ou d'autres victimes de la violence routière, dans le fond, ne devraient pas plutôt se réjouir que la justice se décide à consacrer son temps à traiter  réellement leur problème , et non à des tâches administratives ridicules qui après des mois de procédure, consistent à finalement appliquer une amende misérable ?

Et n'est ce pas finalement ce que Taubira propose avec cette loi décriée ?

La vraie justice, en tant que chose partagée par les citoyens,  n’est-elle pas que le temps du justiciable soit employé pour des choses qui en valent la peine ?

Alors, elle est vraiment aussi débile que cela, Taubira, ou ne serait-ce pas plutôt nous qui serions juste un peu limités dans nos analyses, avec cette incapacité de réflexion qui caractérise le jouet de ceux qui aiment à crier au loup ?

19:52 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : taubira, permis, chauffard, justice, police | | |  Facebook

10/07/2015

Savez vous pourquoi le Hall Saint-Martin, à Pontoise, est reservé exclusivement et depuis des décénies aux antillais pour la Saint Sylvestre ? C'est parce qu'ils sont partout !

Marcel Renard

Le 10/07/2015

« Tranche de vie à la Préfecture »

Au bureau de la commission médicale des permis de conduire, c’est jour d’affluence. On a bien reçu commandement de venir, assorti d’une théorie de papiers à fournir, mais il serait utopique de croire que l’heure planifiée reportée sur ledit ordre puisse avoir un quelconque rapport avec l’ordonnancement des choses.

En maitresse de cérémonie attentive, isolée du bon peuple dans sa cage de verre , une quadragénaire probablement antillaise organise ses dossiers dans une sérénité que le contraste avec l’empressement de ses gestes précis sur fond de cohue pare d’une cocasserie certaine.

Le petit bureau de la Commission Médicale dégueule d’assujettis jusque dans le couloir de la Préfecture.

Comme ils pourraient le faire dans n’importe quel temple hindou dédié à l’idolâtrie d’une déesse multi-membres, les processionnaires se présentent à tour de rôle au guignoloir de verre afin de déposer son obole à l’Administration : des liasses de papiers, des photos d’identité, un chèque de trente trois euros, des certificats, des doubles, des bilans médicaux, des attestations. L'Administration accepte tout, en  échange d'un petit sésame : le ticket qui donnera un numéro dans la file d'attente.

Cette activité humaine se dicte dans des jargons à la tournure bureaucratique absconde qui, ajoutés à la diversité lexicale de cette théorie de processionnaires donnent  une actualité évidente au mythe de la Tour de Babel en tant que châtiment divin à la dépravation humaine. On se parle beaucoup mais sans trop se comprendre.

Au guignoloir, on découpe, on feuillette des doubles carbonés, et l’on tamponne. L'on tamponne avec une conviction qui force le respect. Les reliefs de découpes blanches de photos d’identité perlent au sol comme autant de gouttes de cires de cierges imaginaires au pied du guichet-autel, tandis que la longueur de la file des processionnaires, en une sorte d’organisme vivant, s’étire ou se contracte au rythme de la complétude des doléances, lesquelles,  bien que pareilles, restent toutes différentes tant les options résultant de la combinaison des différentes cases à cocher des formulaires offrent de possibilités : Il manque toujours un papier, une photo, un examen et notre shiva s’acquitte dans une danse méthodique d’arbitrages parfois non négociables: Tantôt  le chaland se mettra en double file afin de compléter ses documents, tantôt il devra courir chez lui - s’il le peut - pour quérir les pièces demandées, tantôt il ne lui restera plus qu'à maudire le sort pour avoir à attendre trois mois pour un nouveau rendez-vous.

Alors que les aller-retour s’effectuent de la queue vers des toilettes d’où les processionnaires ressortent en exhibant le produit de leur miction comme s'ils portaient la Sainte Ampoule, c’est toute une population interlope, à la docilité et l’humeur variables, qui patiente derrière la ligne de confidentialité, garante de leur intimité.

Au plafond, accroché, un panneau informatique rappelle le numéro des élus - ceux qui ont passé le stade de l’obole et peuvent accéder au Médecin. Pour pallier un défaut d’affichage des numéros appelés, périodiquement la porte s’entr'ouvre laissant apparaître la tête du Médecin, de la bouche duquel jaillit un nom.

« Monsieur Martins »

Juste devant le Médecin, un homme rose et un peu freluquet se lève. Echange de dossier, salutations rapides et alors que le voici en partance pour le Sanctuaire Médical, au même moment, dans une synchronisation qui exclue le doute, plus loin de la porte, le type à ma gauche se lève. C’est un antillais me semble-t-il ou un africain. Il est noir. Il est costaud et respire l’urbanité.

« Vous aussi, vous vous appelez Monsieur Martins ? »

Il confirme, et cette situation nous fait éclater de rire.

Echanges de quelques mots, et je lui conseille d’aller se faire identifier en argumentant - d’un ton qui  doit sentir l’expérience- que dans ce genre de situation, il convient d’être circonspect. Je suis visiblement convainquant et notre homme va donc voir le Médecin qui est encore à accueillir Monsieur Martins et qui le rembarre, de manière très assurée :

« Pour l’instant, je m’occupe de M. Martins, je vous appellerai le moment venu».

Notre homme fait demi-tour, en me regardant écarte les deux bras en signe d'impuissance polie, puis vient se rassoir.

Je lève les yeux vers l’écran lumineux qui indique désespérément les mêmes numéros d’appel depuis deux heures. Sur le panneau,je repère en sa partie gauche un fac-similé de permis de conduire censé identifier le service dans lequel nous sommes. C’est naturellement un permis de conduire.

J’éclate de rire, et je me tourne vers mon voisin qui m’accompagne aussitôt dans mon humeur  :  

« Noirs ou blancs, décidément, vous autres, vous êtes partout ! »

lui dis-je en pointant du doigt le panneau lumineux au-dessus de nos têtes :

En effet, le permis de conduire qui est reproduit est au nom de … « M. Martin ».

 

 
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