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29/09/2016

En direct du grain à moudre, à la terrasse du café Côté Canal, à Stalingrad

Marcel Renard

Le 29 Septembre 2016

« On voit pas le gouvernement Français, alors qu’on est en France »

A la terrasse du café, France Culture fait une émission sur les immigrés. C'est "du grain à moudre". J'en profite pour décrire ce qui se passe à Stalingrad

Il y a deux semaine, une grosse intervention des forces de l’ordre prenait les migrants qui s’étaient installés « dans des campements de fortunes », avenue de Flandre, à Paris (anciennement, le boulevard de la Villette).

Comme je travaille à côté, j’ai pu voir l’évolution depuis un mois voire plus de ce « campement ». Quelques centaines de migrants, pouvait on lire dans la presse. Et en fait de « campement », il s’agissait de personnes qui récupéraient à gauche et à droite, cartons, matelas, sommiers - tout ce qui permet de ne pas tout à fait dormir par terre – pour s’installer à l’ombre des arbres bordant le terre-plein central de ce grand boulevard qui part des faubourgs de la ville pour aboutir à la place de Stalingrad, jusqu’aux portes des stations de métro.

Et j’ai pu constater que, chaque jour, ce « campement » augmentait de dizaines voire centaines de personnes.stalingrad,du grain à moudre,france culture,migrants,syrie

J’ai pu constater, tous les quinze jours à trois semaines, les interventions des CRS : toujours la même manipulation, sous le contrôle photographique très opportun de nombreux youtubeurs.

Alors, effectivement, lorsque la Police, vendredi dernier, annonce avoir « déplacer » 2300 migrants, je ne suis pas totalement surpris : on est à la fois loin de toute notion de camps, voire même de bidonville, et de quelques centaines d’individus.

Ce qui se passe à cet endroit de Paris est invraisemblable. Tant que les beaux jours étaient là, c’était encore acceptable, mais dès l’arrivée des premières pluies, cela devint dantesque. On ne peut pas laisser deux mille personnes – presque une ville – vivre dans la rue, côte-à-côte, sans toilettes, sans lavabo, sans poubelles. Et pour les commerçants et habitants du quartier, la situation devenait proprement impossible. Imaginez que 2000 personnes urinant par terre chacune un litre par jour, cela fait deux mètre cubes de pisse qui va au caniveau, contre les murs, dans les rigoles, dans les espaces verts tous les jours…. Imaginez que cela dure 30 ou 45 jours, cela entre 60 et 90 mètre cubes de déjection par terre…Avec les risques sanitaires que cela pose, c’est juste invraisemblable.

Imaginez les boites en plastique, les bouteilles pleine d’urine trainant partout – car ces gens-là pensent qu’en pissant dans des bouteilles, c’est moins salle que dans les caniveaux…Imaginez des reliefs de pain, trainant par terre, attirant rats, souris, pigeons… Imaginez ce bordel digne d’une scene du moyen age… En plein paris… Au XXIeme siècle….

stalingrad,du grain à moudre,france culture,migrants,syrieAlors Vendredi dernier, les CRS sont intervenus. A raison de 80 personnes par car, je vous laisse compter combien il faut de cars pour déplacer plus de 2000 personnes. Imaginez combiens il faut de cars de CRS, de voitures de commandement, de policiers….Et combien il faut trouver de lieu d’accueil. C’est une opération de grande envergure.

En France, on a bien 36000 communes, alors résorber un excédent de population de quelques dizaines de milliers de personnes, cela devrait se faire sans heurt...

Donc, grosse intervention de Police.

Mais voilà. Il fallait s’y attendre….

Une semaine plus tard, une semaine exactement jour pour jour après cette opération, c’est reparti, c’est de nouveau la même histoire : Ce soir, je suis redescendu à pied depuis le métro Riquet jusqu’au métro Stalingrad, sur le terre-plein central : quasiment seul tête blanche parmi toutes ces têtes noires, au cours d’une promenade de vingt minutes environ, j’ai regardé, je me suis imprégné de ce que je voyais, des odeurs, des bruits des saveurs, des rires et de la rumeur de ce campement qui n’en est pas un qui ressemble plus à un qu’on voit au mans lors des grands prix qu’à un bidonville…

Des matelas, des tentes données par les associations, qui, deux fois par jour, le matin et vers 18 :00, ouvrent un stand de distribution de nourriture devant lequel les migrants font sagement la queue, deux par deux, en attendant de passer devant la personne qui leur remettra une gamelle en plastique et une cuillère. C’est très bien rôdé, très bien organisé. Tout se passe sans heurt et dans la bonne humeur : Il y a une immense queue, des personnes en gilet fluorescents qui régulent : une distance d’une dizaine de mètres est réservée entre la tête de la file et les tables de distribution auxquelles les migrants se rendent quatre par quatre. Ils sourient, rient, discutent en attendant de se mettre quelque chose dans le ventre.

stalingrad,du grain à moudre,france culture,migrants,syrieToutes les sociétés humaines ont leurs portes parole : et là, entre deux arbres une modeste ficelle est tendue, à laquelle quelques timides revendications sont écrites en arabe ou en français. Ce n’est pas franchement agressif : cela ressemble plutôt à des pancartes d’écoles primaires…

En remontant vers Stalingrad, c’est l’empilage des tentes et des matelas, des cartons, des tissus. Tous les bancs parisiens, vous savez, ces bancs ou l’on peut s’assoir des deux cotés, sont assaillis de groupes qui palabrent.

Ce soir, ils étaient peut-être cinq cents, je ne sais trop dire. En arpentant le terre-plein, tous les cinq pas, c’était des groupes de dix à vingt personnes. Ils se sont tous réinstallés, non pas les mêmes, mais leurs semblables. Ils ont retrouvé des matelas, des cartons, des ficelles pour tendre des baches à peinture entre les arbres, pour étendre le linge. Ils sont là, le sourire aux lèvres, toujours en train de discuter. L’ambiance est calme, très africaine, ça palabre de partout. Et ce qui est étonnant, c’est que de manière récurrente on voir des gens qui sont assis en rond avec une personne au milieu qui écrit un tas de truc sur des cahiers d’écoliers. Qu’écrivent-t-ils ? Leurs voyages, leurs aventures, les conditions dans lesquelles ils sont traités, les documents qu’ils leur faut ? Je ne sais pas, mais c’est curieux.

Ici, un gamin joue avec une voiture miniature, là des femmes discutent – il y a peu de femmes, il y a peu de vieux, il y a peu d’enfants : ce sont essentiellement des hommes de 14 à 40 ans environ : ceux qui ont eu la force de partir. Ce sont des soudanais, des erythréens, des afghans. Ils se regroupent par affinité.

Rare sont ceux qui sont mal habillés, mal chaussés, ou simplement avec des trous sous les chaussettes. Ils ne dormiraient pas dans la rue, on pourrait penser que ce sont des gens comme vous et moi.

Mais voilà, ils dorment dans la rue.

Ils attendent dieu sait quoi sur leurs matelas, font des projets, discutent. Ce ne sont pas des clochards. Certains ont de belles bagues au doigt, des chaines en or, tout ce qu’ils ont pu emmener.

On peut parler en anglais avec certains, en allemand ou en russe. Ce sont des gens éduqués.

Ils sont contents d’être là. Ça nous dépasse. Ils n’ont strictement rien, mais semblent heureux.

Il n’y a aucune violence, aucune hostilité, aucun sentiment de jalousie. Personne ne me regarde de travers. Je ne suis pas leur soucis ; je n’ai pas l’impression d’être un étranger. Sensation très étrange, car le quartier ressemble plus aux faubourgs de Bamako qu’à la ville lumière connue dans le monde entier….

Une personne avec laquelle j’ai pu échanger quelques mots savait même dire « prothèse de hanche » en anglais. C’est donc qu’elle avait au moins le même niveau d’éducation que le mien…

Comment cela va il se terminer ?

Je ne sais pas…

Ce que je sais, c’est que la notion de frontière, à l’heure de la mondialisation, n’a strictement aucun sens. Nous devons repenser nos modèles.

Complètement

Totalement.

Alors, lorsque j’entends un élu qui va de cocktails en cocktails à mesure des mandats qu’il cumule expliquer que Pontoise a fait sa part, je suis simplement surpris. Je me dis qu’il n’a rien compris ; qu’il est perdu dans des certitudes qui n’ont plus grand sens avec la réalité d’un pays qui vend des armes – et profite des guerres – aux quatre coins de la planète. On ne peut pas simultanément se réjouir de la vente de Rafales à l’inde, des commandes effectivement importantes signées par le France, et ne pas accepter de subir en retour les conséquences des guerres : ce n’est pas un jugement moral mais simplement un raisonnement logique.

18:37 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stalingrad, du grain à moudre, france culture, migrants, syrie | | |  Facebook

28/07/2016

France Culture et ses histoires noires...

Marcel Renard

Le 28 Juillet 2016

« Histoire de nègre sur France Culture»

Certaines personnes sont sensibles à la fragrance des bons parfums, d’autres aux odeurs des gâteaux de grand’mères, d’autres encore au moelleux délicat de certains tissus. Il en est pour qui cette exacerbation de certaines perceptions est telle que le plus petit imprévu dans leur horizon de sensibilité vient totalement perturber le message sensoriel. Moi, ce me perturbe, ce sont les mots qui sont hors contexte.  

Ce matin, vers 7h55, j’écoutais France Culture. On ne peut pas réellement dire que cette chaine cultive le populisme et le racisme. Pour cela, on a Radio Courtoisie, que l’on a bénéfice à écouter avant une réunion d’affaire dont la teneur par la promesse qu’elle peut nous faire dans sa délicatesse exige d’arriver de mauvaise humeur.

Donc, à 7h55 ce matin, j’écoutais France Culture. La journaliste interviewe différentes personnes sur le sujet de la candidature de Hillary Clinton. Le propos en vient au « story telling », cette théorie qui veut que les auditeurs électeurs américains soient en attente de contes de fées, d’histoire : Les politiques doivent leur raconter une histoire pour se faire élire. Et, dans ce registre, il est vrai qu’Hillary Clinton n’a pas tellement d’histoire à raconter car on la connait, son histoire, depuis 30 ans. A contrario d’Obama, qui avait une vraie histoire à raconter. Son histoire, précise la personne interviewée, elle était « imprimée sur sa peau ».

Loin de moi l’idée de faire un procès à ce journaliste. Mais l’expression m’a interloqué à tel point que je n’écoutais le reste de l’émission qu’en musique d’ascenseur, sur fond de café croissant, en poussant dédaigneusement et machinalement les miettes par terre. Bien évidemment, c’est une tournure de style, rapidement jetée au cours d’une interview. Elle n’est en rien condamnable. Si l’on devait s’arrêter à chaque mot de chaque personnage public, on n’en finirait plus.

Mais elle est tellement révélatrice du fond de l’être humain : L’homme est né blanc et son histoire de noir a été ensuite « imprimée ». Car c’est bien cela que veut dire cette malheureuse tournure de phrase.

« Son histoire est imprimée sur sa peau ». Comme l’étaient les numéros des juifs, les tatouages des maoris. Il n’est pas né noir, cela a été « imprimé ». C’est vraiment étonnant, comme expression de pensée. Etonnant, mais tellement commun. Au fond de nous, nous pensons tous comme cela : Le blanc, c’est l’origine, c’est après qu’on devient noir.

Je suis absolument convaincu que la personne interviewée n’avait strictement pas la moindre once de racisme au fond d’elle-même. Et c’est précisément cela qui est terrible. C’est que c’est très ordinaire. Suffisamment pour être glisser dans une conversation. Tellement ordinaire que sans doute peu d’auditeurs de France Culture auront noté l’incongruité de la réflexion.

Car, on nait blanc ou noir, avec sa culture sa peau, ses peurs et ses fantasmes. On nait gros ou maigre, petit ou grand. C’est ainsi. Tout le travail de la société va être d’intégrer dans un seul et même corps social les noirs, les blancs, les grands, les petits, les gros et les maigres, les blond et les bruns, les riches et les pauvres, les tatoués et les non tatoués.

La culture, notre culture, c’est justement d’admettre et d’intégrer au plus profond de notre être que ce que nous devons imprimer, c’est ce qui nous rassemble, l’égalité, la liberté, la fraternité, et non ce qui malheureusement par nature ou par bêtise, nous divise. 

22/12/2011

Du bon usage du service public

http://www.mai2012.fr/
Winter, le 22 Décembre 2011


«On ne dira jamais assez de bien du service public»


La crise et l’âge aidant, j’ai remisé par devers moi mon téléviseur : Je ne regarde plus Roger Gicquel pleurer sur ses chaussures ; Il pourrait être feu, je n’en sais rien et n’en ai cure, et c’est aussi bien comme cela.


Comme il me faut malgré tout conserver une fenêtre ouverte sur mes concitoyens, j’accoustique quotidiennement mon appareil de TSF.


Et c’est toujours avec délectation que j’écoute France Culture, qui est une source intarissable de choses intelligentes. Les joies du podcast font qu’il est désormais possible d’écouter lorsqu’on le souhaite les émissions qui passent à des heures où le commun des mortels accuse une universelle et bien humaine tendance à préférer prendre son pied dans les bras de Morphée, aussi c’est plutôt en différé que je m’enculture.


Mais voici que l’autre jour, les hasards d’une visite client à proximité de mon domicile conjuguée à un réveil tardif consécutif à une arrivée de même la veille me firent attraper en temps réel , quasiment au sortir de la salle de bain, un peu avant 8h00, l’antépénultième phrase de ce qu’il convient de qualifier de petit bijou littéraire – j’ai nommé la chronique de Philippe Meyer. Eh oui, si je devais ne savoir écrire qu’une seule chose assurément, ce serait pour être nègre de ce monsieur Meyer, mais je crains qu’il n’ait besoin d’un homme de l’ombre tant il faut bien reconnaitre que ses chroniques sont lumineuses.


Donc, disais-je , je ne pus saisir que la dernière phrase de ce petit plaisir matinal : Il parlait assurément avec une dérision certaine du progrès social, terminant ainsi sa chronique par une phase que je ne puis citer que de mémoire, et qui disait en somme « comme disent dans les bus les chauffeurs : « avancez vers l’arrière » ».


Arriver à ce point, en une seule et particulièrement liminaire phrase,  à plonger l'auditeur qui n'a  put auditer dans le contenu d’une chronique qu'il n’a pas entendue tout en lui donnant l'impression qu'il la suivait pourtant depuis le début, ce n’est plus seulement de la littérature, c’est du génie !


Si je puis me permettre, je vous souhaite le bonjour !

 
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