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31/01/2011

Quick : de la rigueur en temps de crise

Winter, le 31/01/2011

www.mai2012.fr

« De la rigueur scientifique et du business»

Quick d’Avignon :  un gosse y prend ce qui semble être son dernier repas. Il décède trois heures après.

Le restaurant est fermé jusqu’à connaissance des analyses.

On retrouve dans les sucs gastriques du jeune homme des staphylocoques dorés et des bacillus céréus, deux agents pathogènes qui aiment bien la viande, et qui ont un temps d’incubation compatible avec une contamination dans les heures qui ont précédé le décès

Quick réagit & commande un pré-rapport à un médecin, le Docteur Bertrand Issatrel, qui conclut très rapidement que selon lui, « il n'y a pas d'éléments [me] permettant aujourd’hui de mettre en cause un dysfonctionnement local provenant du restaurant d'Avignon Cap Sud et encore moins dans les autres restaurants du groupe.», et Quick publie son rapport sur le site du groupe.

Il convient de saluer l’exploit du docteur qui est parvenu à cette conclusion en moins de dix jours, là où un auditeur y aurait passé trois mois…

En écartant tout dysfonctionnement au sein du fastfood, c'est-à-dire en portant aussi rapidement un jugement de valeur sur une succession d’événements qui peuvent être - ou ne pas être - à l’origine d’un décès, ce médecin, présenté comme spécialiste en maladies infectieuses, prend le risque, peu compatible avec la rigueur de sa profession, d’étendre son champs de compétence à des domaines où il n’y entend rien : l’enquête policière, la traçabilité, l’audit qualité.

En effet, dire après une analyse qui est forcément rapide qu’il n’y a pas eu de dysfonctionnement au sein du restaurant et du groupe, ce n’est pas juste regarder le résultat de cultures sur des échantillons, mais c’est affirmer qu’entre le moment où les pièces consommées par le jeune homme et son père ont été sorties des congélateurs et le moment ou elles ont été ingérées, tous les événements qui sont advenus sont parfaitement connus et traçables.

Hors s’il est un domaine où la traçabilité est particulièrement complexe, c’est bien celui de l’assemblage de produits alimentaires (Il faut rappeler que ce qu’on fait dans un Quick, comme dans beaucoup d’autres commerces d’ailleurs comme peut-être la pâtisserie du coin de votre rue…, ce n’est pas de la cuisine mais de l’assemblage de produits industriels.).

Pour obtenir le niveau de traçabilité qu’exigeraient les circonstances, il faudrait au minimum avoir eu une caméra qui suive la préparation, la livraison et la consommation des sandwiches et produits incriminés. Et même si on arrivait à le faire, il faudrait ensuite s’assurer que personne n’ait pu trafiquer ces enregistrements. Il est donc facile de comprendre qu'on peut arriver assez rapidement à quelque chose de compliqué, mais qui amènerait effectivement la certitude qu’annonce très prématurément le médecin.

Affirmer l’absence de dysfonctionnement à ce stade revient à formuler un vœu qui relève plus de méthode Coué que de la science : Les trois seules choses que le médecin peut affirmer de manière un peu rigoureuse sont :

1) que les agents pathogènes recherchés ne sont présents à ce jour dans le restaurant d’Avignon que dans des doses compatibles avec la réglementation ;

2) que les lots susceptibles d’avoir été ingérés sont contaminés dans des proportions compatibles avec la réglementation;

3) qu’il existe au sein du restaurant un mode opératoire qui minimise le risque de souillure des aliments par une source externe.

Il reste après ceci de multiples éventualités , et qui n’ont rien à voir avec la médecine : Comment assurer qu’un  steak qui serait tombé sur un endroit souillé n’aurait pas été ramassé puis remis, qu’un individu n’aurait pas fait une grosse bêtise qui aurait tourné au drame,  que le père et son enfant n’aient pas partagé des frites sur un plateau contaminé : les possibilités sont innombrables, et l’on voit mal ce qu’on peut en ce 31 janvier prouver ou ne pas prouver…

Une chose est sure : les neuf derniers mots du rapport de ce médecin en disent long sur son éthique, et je vous invite à bien en comprendre le sens :

« Au vu des résultats de ces premières analyses et après information sur les procédures qualités suivies, il n'y a pas d'éléments permettant de retenir à ce jour une contamination suite à un dysfonctionnement local dans le restaurant d'Avignon Cap Sud et encore moins dans les autres restaurants du groupe. »

En d’autres termes, allez tranquille manger à Lille puisqu’on a fait des analyse en Avignon…

On peut espérer pour le docteur Bertrand Issatrel que le risque qu’il a pris en acceptant ce contrat lui aura été rémunéré par Quick à la hauteur de la valeur qu’il donne à sa carrière.

D’un autre point de vue, du point de vue industriel, le groupe doit communiquer. Qu’il soit responsable ou non de ce qui s’est passé, et qu’à ce stade cela soit prouvable ou non, s’il était bien conseillé, il devrait faire les choses suivantes :

1) arrêter de vouloir faire l’enquête à la place des instances officielles

2) se faire l’écho sur son site de l’avancée de l’enquête officielle

3) utiliser cet exemple pour expliquer ce qu’est la traçabilité et la sécurité alimentaire

4) communiquer sur l’hygiène en restauration

Car le groupe Quick n’a pas d’autre solution que transformer ce malheur en opportunité : lorsque les résultats de l’autopsie du jeune homme seront connus, en analysant la concentration d’agents par classe de tissus, on connaitra de manière assez précise à quelle heure il a été contaminé et la conclusion s’imposera d’elle-même.

12/01/2011

Médiator : Le chemin de croix de Servier

 

Les urbanitasmagories de Winter le 12 Janvier 2011

www.mai2012.fr

«Le chemin de croix de Servier»

Petite nouvelle prise dans le Canard : En 2006, Xavier Bertrand était ministre de la santé. Pas de chance, à ce moment, il reconduit le remboursement du médiator, médicament pourtant jugé comme ne présentant aucun intérêt de santé publique, alors que deux de ses proches conseillers ont des intérêts financiers avec le laboratoire Servier, qui produit le-dit médicament.

h-4-2306167-1291047224.jpgXavier Bertrand nous dit qu’il n’avait pas connaissance de ce lien ; c’est curieux, mais après tout, un patron n’est pas obligé d’avoir lu intégralement le CV de ses employés.

Que s'est il passé, et surtout, que va-t-il se passer  ?

En 1976, le médiator est mis sur le marché.

En 1990, le médicament bénéficie d’une nouvelle indication « adjuvant au régime adapté pour les personnes diabétiques en surcharge pondérale »

En 1997, une étude portant sur 568 remboursements montre que ce médicament – une amphétamine - sensé avoir pour cible les diabétiques était prescrit dans 1/3 des cas comme amaigrissant. La documentation d’alors montre que le conseiller technique de Kouchner, alors secrétaire d’état à la santé,  avait pleine conscience de l’impact potentiel de cette étude.

En 1999, la commission de transparence demande en vain de déremboursement de ce médicament.

En 2002, il est fait injonction à Servier de cesser d’utiliser comme argumentaire pour son produit une étude réalisée par le Dr Del Prato, étude dont la faiblesse méthodologique est sévèrement pointée : le produit ne serait pas un anti-diabétique.

En 2007, l'indication de coupe-faim est interdite au médiator : ni efficace contre le diabète, ni autorisé pour lutter contre le sur-poids, il ne lui reste de fait plus grandes qualités...

Début 2009, Jacques Servier est élevé au rang de grand croix de la légion d’honneur. Pour la bonne compréhension des choses, sur environ 90 000 a 100 000 membres dans l’ordre, il doit y avoir moins d’une quinzaine de « grand croix » vivantes, dignité la plus haute avant celle réservée au Président de la République.

En 2009, Servier commande une étude dont les conclusions montrent sans équivoque le rapport entre la prise du médicament est des pathologies ayant entrainé plus de 500 décès

Novembre 2009 : Retrait du marché. Paralèllement, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) recommande aux personnes ayant pris le produit pendant plus de trois mois - ils sont 2,9 millions de personnes - de consulter leur médecin traitant

En 2010, le scandale éclate. La presse annonce entre 500 et 2000 décès imputables au médiator.

Fin 2010 et début 2011 , Servier continue toujours de communiquer sur la fameuse étude du Dr Del Prato.

En 2011, lors de la cérémonie de vœux à son personnel, Jacques Servier reconnait 3 morts, le chiffre de 500 étant selon ses dires du marketing.

En 2011 Le directeur général de l'agence de santé (Afssaps), à la tête de cet établissement depuis 2004, Jean Marimbert, annonce avec ce qui ressemble à de l’amertume son départ prochain de l’agence au milieu d’une tourmente qu’il juge sans précédent.

Xavier Bertrand est visiblement très mal à l’aise, dans ce scandale comme étant pressenti par le quidam comme au moins égal à celui du sang contaminé et dont on ne connait à ce jour l’étendue, cinq millions de français ayant pris du médiator et 145 millions de boites vendues…

Cette affaire soulève tout un ensemble de questions, qui pointe des disfonctionnement à un peu tous les niveaux du système de santé. Elle met en évidence l’opacité du lien existant entre les prescripteurs (les médecins) et les laboratoires, les laboratoires et les politiques, les unités de recherches et les réseaux de distribution, ainsi que les dysfonctionnements dans la communication entre usagers et prescripteurs. Pourquoi un médicament contenant une classe de molécules dont la consommation est légalement très encadrée a-t-il pu être prescrit comme coupe-faim banal ?

Peut-être cette affaire nous amènera à nous interroger sur le processus particulièrement bien huilé qui transforme – souvent à leur corps défendant – le  travail d'un chercheur en outil de marketing pour les laboratoires.

Peut-être également cette affaire mettra au jour d'autres liens, dont la puissance permet de s'affranchir de la santé.

En attendant, l'affaire risque de coûter très cher à Axa, l'assureur des laboratoires Servier. Personnellement, si j'en étais actionnaire, je pense que je scruterais soigneusement l'actualité.

 

10:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : coeur, médiator, servier, bertrand, legion, d'honneur, kouchner, esc, aix, valvopathie | | |  Facebook

 
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