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29/09/2016

En direct du grain à moudre, à la terrasse du café Côté Canal, à Stalingrad

Marcel Renard

Le 29 Septembre 2016

« On voit pas le gouvernement Français, alors qu’on est en France »

A la terrasse du café, France Culture fait une émission sur les immigrés. C'est "du grain à moudre". J'en profite pour décrire ce qui se passe à Stalingrad

Il y a deux semaine, une grosse intervention des forces de l’ordre prenait les migrants qui s’étaient installés « dans des campements de fortunes », avenue de Flandre, à Paris (anciennement, le boulevard de la Villette).

Comme je travaille à côté, j’ai pu voir l’évolution depuis un mois voire plus de ce « campement ». Quelques centaines de migrants, pouvait on lire dans la presse. Et en fait de « campement », il s’agissait de personnes qui récupéraient à gauche et à droite, cartons, matelas, sommiers - tout ce qui permet de ne pas tout à fait dormir par terre – pour s’installer à l’ombre des arbres bordant le terre-plein central de ce grand boulevard qui part des faubourgs de la ville pour aboutir à la place de Stalingrad, jusqu’aux portes des stations de métro.

Et j’ai pu constater que, chaque jour, ce « campement » augmentait de dizaines voire centaines de personnes.stalingrad,du grain à moudre,france culture,migrants,syrie

J’ai pu constater, tous les quinze jours à trois semaines, les interventions des CRS : toujours la même manipulation, sous le contrôle photographique très opportun de nombreux youtubeurs.

Alors, effectivement, lorsque la Police, vendredi dernier, annonce avoir « déplacer » 2300 migrants, je ne suis pas totalement surpris : on est à la fois loin de toute notion de camps, voire même de bidonville, et de quelques centaines d’individus.

Ce qui se passe à cet endroit de Paris est invraisemblable. Tant que les beaux jours étaient là, c’était encore acceptable, mais dès l’arrivée des premières pluies, cela devint dantesque. On ne peut pas laisser deux mille personnes – presque une ville – vivre dans la rue, côte-à-côte, sans toilettes, sans lavabo, sans poubelles. Et pour les commerçants et habitants du quartier, la situation devenait proprement impossible. Imaginez que 2000 personnes urinant par terre chacune un litre par jour, cela fait deux mètre cubes de pisse qui va au caniveau, contre les murs, dans les rigoles, dans les espaces verts tous les jours…. Imaginez que cela dure 30 ou 45 jours, cela entre 60 et 90 mètre cubes de déjection par terre…Avec les risques sanitaires que cela pose, c’est juste invraisemblable.

Imaginez les boites en plastique, les bouteilles pleine d’urine trainant partout – car ces gens-là pensent qu’en pissant dans des bouteilles, c’est moins salle que dans les caniveaux…Imaginez des reliefs de pain, trainant par terre, attirant rats, souris, pigeons… Imaginez ce bordel digne d’une scene du moyen age… En plein paris… Au XXIeme siècle….

stalingrad,du grain à moudre,france culture,migrants,syrieAlors Vendredi dernier, les CRS sont intervenus. A raison de 80 personnes par car, je vous laisse compter combien il faut de cars pour déplacer plus de 2000 personnes. Imaginez combiens il faut de cars de CRS, de voitures de commandement, de policiers….Et combien il faut trouver de lieu d’accueil. C’est une opération de grande envergure.

En France, on a bien 36000 communes, alors résorber un excédent de population de quelques dizaines de milliers de personnes, cela devrait se faire sans heurt...

Donc, grosse intervention de Police.

Mais voilà. Il fallait s’y attendre….

Une semaine plus tard, une semaine exactement jour pour jour après cette opération, c’est reparti, c’est de nouveau la même histoire : Ce soir, je suis redescendu à pied depuis le métro Riquet jusqu’au métro Stalingrad, sur le terre-plein central : quasiment seul tête blanche parmi toutes ces têtes noires, au cours d’une promenade de vingt minutes environ, j’ai regardé, je me suis imprégné de ce que je voyais, des odeurs, des bruits des saveurs, des rires et de la rumeur de ce campement qui n’en est pas un qui ressemble plus à un qu’on voit au mans lors des grands prix qu’à un bidonville…

Des matelas, des tentes données par les associations, qui, deux fois par jour, le matin et vers 18 :00, ouvrent un stand de distribution de nourriture devant lequel les migrants font sagement la queue, deux par deux, en attendant de passer devant la personne qui leur remettra une gamelle en plastique et une cuillère. C’est très bien rôdé, très bien organisé. Tout se passe sans heurt et dans la bonne humeur : Il y a une immense queue, des personnes en gilet fluorescents qui régulent : une distance d’une dizaine de mètres est réservée entre la tête de la file et les tables de distribution auxquelles les migrants se rendent quatre par quatre. Ils sourient, rient, discutent en attendant de se mettre quelque chose dans le ventre.

stalingrad,du grain à moudre,france culture,migrants,syrieToutes les sociétés humaines ont leurs portes parole : et là, entre deux arbres une modeste ficelle est tendue, à laquelle quelques timides revendications sont écrites en arabe ou en français. Ce n’est pas franchement agressif : cela ressemble plutôt à des pancartes d’écoles primaires…

En remontant vers Stalingrad, c’est l’empilage des tentes et des matelas, des cartons, des tissus. Tous les bancs parisiens, vous savez, ces bancs ou l’on peut s’assoir des deux cotés, sont assaillis de groupes qui palabrent.

Ce soir, ils étaient peut-être cinq cents, je ne sais trop dire. En arpentant le terre-plein, tous les cinq pas, c’était des groupes de dix à vingt personnes. Ils se sont tous réinstallés, non pas les mêmes, mais leurs semblables. Ils ont retrouvé des matelas, des cartons, des ficelles pour tendre des baches à peinture entre les arbres, pour étendre le linge. Ils sont là, le sourire aux lèvres, toujours en train de discuter. L’ambiance est calme, très africaine, ça palabre de partout. Et ce qui est étonnant, c’est que de manière récurrente on voir des gens qui sont assis en rond avec une personne au milieu qui écrit un tas de truc sur des cahiers d’écoliers. Qu’écrivent-t-ils ? Leurs voyages, leurs aventures, les conditions dans lesquelles ils sont traités, les documents qu’ils leur faut ? Je ne sais pas, mais c’est curieux.

Ici, un gamin joue avec une voiture miniature, là des femmes discutent – il y a peu de femmes, il y a peu de vieux, il y a peu d’enfants : ce sont essentiellement des hommes de 14 à 40 ans environ : ceux qui ont eu la force de partir. Ce sont des soudanais, des erythréens, des afghans. Ils se regroupent par affinité.

Rare sont ceux qui sont mal habillés, mal chaussés, ou simplement avec des trous sous les chaussettes. Ils ne dormiraient pas dans la rue, on pourrait penser que ce sont des gens comme vous et moi.

Mais voilà, ils dorment dans la rue.

Ils attendent dieu sait quoi sur leurs matelas, font des projets, discutent. Ce ne sont pas des clochards. Certains ont de belles bagues au doigt, des chaines en or, tout ce qu’ils ont pu emmener.

On peut parler en anglais avec certains, en allemand ou en russe. Ce sont des gens éduqués.

Ils sont contents d’être là. Ça nous dépasse. Ils n’ont strictement rien, mais semblent heureux.

Il n’y a aucune violence, aucune hostilité, aucun sentiment de jalousie. Personne ne me regarde de travers. Je ne suis pas leur soucis ; je n’ai pas l’impression d’être un étranger. Sensation très étrange, car le quartier ressemble plus aux faubourgs de Bamako qu’à la ville lumière connue dans le monde entier….

Une personne avec laquelle j’ai pu échanger quelques mots savait même dire « prothèse de hanche » en anglais. C’est donc qu’elle avait au moins le même niveau d’éducation que le mien…

Comment cela va il se terminer ?

Je ne sais pas…

Ce que je sais, c’est que la notion de frontière, à l’heure de la mondialisation, n’a strictement aucun sens. Nous devons repenser nos modèles.

Complètement

Totalement.

Alors, lorsque j’entends un élu qui va de cocktails en cocktails à mesure des mandats qu’il cumule expliquer que Pontoise a fait sa part, je suis simplement surpris. Je me dis qu’il n’a rien compris ; qu’il est perdu dans des certitudes qui n’ont plus grand sens avec la réalité d’un pays qui vend des armes – et profite des guerres – aux quatre coins de la planète. On ne peut pas simultanément se réjouir de la vente de Rafales à l’inde, des commandes effectivement importantes signées par le France, et ne pas accepter de subir en retour les conséquences des guerres : ce n’est pas un jugement moral mais simplement un raisonnement logique.

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28/07/2016

France Culture et ses histoires noires...

Marcel Renard

Le 28 Juillet 2016

« Histoire de nègre sur France Culture»

Certaines personnes sont sensibles à la fragrance des bons parfums, d’autres aux odeurs des gâteaux de grand’mères, d’autres encore au moelleux délicat de certains tissus. Il en est pour qui cette exacerbation de certaines perceptions est telle que le plus petit imprévu dans leur horizon de sensibilité vient totalement perturber le message sensoriel. Moi, ce me perturbe, ce sont les mots qui sont hors contexte.  

Ce matin, vers 7h55, j’écoutais France Culture. On ne peut pas réellement dire que cette chaine cultive le populisme et le racisme. Pour cela, on a Radio Courtoisie, que l’on a bénéfice à écouter avant une réunion d’affaire dont la teneur par la promesse qu’elle peut nous faire dans sa délicatesse exige d’arriver de mauvaise humeur.

Donc, à 7h55 ce matin, j’écoutais France Culture. La journaliste interviewe différentes personnes sur le sujet de la candidature de Hillary Clinton. Le propos en vient au « story telling », cette théorie qui veut que les auditeurs électeurs américains soient en attente de contes de fées, d’histoire : Les politiques doivent leur raconter une histoire pour se faire élire. Et, dans ce registre, il est vrai qu’Hillary Clinton n’a pas tellement d’histoire à raconter car on la connait, son histoire, depuis 30 ans. A contrario d’Obama, qui avait une vraie histoire à raconter. Son histoire, précise la personne interviewée, elle était « imprimée sur sa peau ».

Loin de moi l’idée de faire un procès à ce journaliste. Mais l’expression m’a interloqué à tel point que je n’écoutais le reste de l’émission qu’en musique d’ascenseur, sur fond de café croissant, en poussant dédaigneusement et machinalement les miettes par terre. Bien évidemment, c’est une tournure de style, rapidement jetée au cours d’une interview. Elle n’est en rien condamnable. Si l’on devait s’arrêter à chaque mot de chaque personnage public, on n’en finirait plus.

Mais elle est tellement révélatrice du fond de l’être humain : L’homme est né blanc et son histoire de noir a été ensuite « imprimée ». Car c’est bien cela que veut dire cette malheureuse tournure de phrase.

« Son histoire est imprimée sur sa peau ». Comme l’étaient les numéros des juifs, les tatouages des maoris. Il n’est pas né noir, cela a été « imprimé ». C’est vraiment étonnant, comme expression de pensée. Etonnant, mais tellement commun. Au fond de nous, nous pensons tous comme cela : Le blanc, c’est l’origine, c’est après qu’on devient noir.

Je suis absolument convaincu que la personne interviewée n’avait strictement pas la moindre once de racisme au fond d’elle-même. Et c’est précisément cela qui est terrible. C’est que c’est très ordinaire. Suffisamment pour être glisser dans une conversation. Tellement ordinaire que sans doute peu d’auditeurs de France Culture auront noté l’incongruité de la réflexion.

Car, on nait blanc ou noir, avec sa culture sa peau, ses peurs et ses fantasmes. On nait gros ou maigre, petit ou grand. C’est ainsi. Tout le travail de la société va être d’intégrer dans un seul et même corps social les noirs, les blancs, les grands, les petits, les gros et les maigres, les blond et les bruns, les riches et les pauvres, les tatoués et les non tatoués.

La culture, notre culture, c’est justement d’admettre et d’intégrer au plus profond de notre être que ce que nous devons imprimer, c’est ce qui nous rassemble, l’égalité, la liberté, la fraternité, et non ce qui malheureusement par nature ou par bêtise, nous divise. 

01/02/2016

Le digital selon Jean-Marie Leguen

Marcel Renard

Le 01 Fev 2016

«Digital : juste un doigt»

Ce matin, sur France info, vers 7h30 un échange avec Jean-Marie Leguen, Secrétaire d’état des relations avec le Parlement. On parle de la différence entre comprendre et excuser. On parle de la position de Taubira, récemment garde des sceaux démissionnaire. On parle de ce côté insupportable pour M. Leguen de cette aspect du Gauchiste qui consiste à reporter systématiquement tous les travers du monde sur l’organisation sociale au dépens du libre arbitre de l’individu.

Et, là, pour justifier les récentes positions prises par le gouvernement et que beaucoup à gauche mais pas seulement trouvent en rupture avec une certaine vision progressiste (déchéance de nationalité, prolongation de l’état d’urgence), M. Leguen lance cette petite phrase – je cite de mémoire : « il ne vous aura pas échappé que depuis 2012, le monde a profondément changé, avec la numérisation de l’économie et le terrorisme ».

Cette petite phrase, lancée trop naturellement pour ne pas être le profond reflet de ce que pensent beaucoup d’hommes politiques, est terrible : elle montre à quel point la classe politique est totalement déconnectée de la réalité. Elle suscite tellement de remarques qu’on ne sait trop par où commencer

Bien évidemment, ni le digital ni les terroristes n’ont attendu François Hollande pour débarquer.

Marcel Renard sera bientôt à la retraite, et Marcel Renard aura fait toute sa carrière dans le monde du numérique, à commencer par celui de l’informatique pour les agriculteurs, secteur précurseur dans bien des domaines : informatisation du conseil en reproduction, interconnexion des systèmes de formules de recette du bétail avec les cours des matières premières, premières commandes sur internet, etc etc …. et ceci dès les années 1980….

Il faut rappeler à M. Jean Marie Leguen que Xavier Niel et son minitel rose, c’était déjà de l’économie digitale, que en 1997, Microsoft créait dans quelques écoles primaires le programme « Graine de Multimédia » et j’en passe.

Bref, M. Leguen a besoin d’être débriffé sur l’état réel du pays en matière de numérique et confond sans doutes économie digitale avec informatisation des formulaires administratifs.

Il n’est pas le seul : la plupart des hommes politiques ne comprennent rien à ce qui se passe depuis les années 1981 et le lancement du premier PC d’IBM, suivi quelques années plus tard des premiers réseaux. La classe politique – sans doute mis à part le front national – ne comprend rien à la communication digitale, il suffit pour s’en convaincre de voir comment ils utilisent les réseaux sociaux.

On imagine que si le responsable des relations avec le parlement à cette méconnaissance du monde réel, qu’est ce que cela doit être pour les autres….On peut se gausser de M. Leguen mais ce n’est pas très constructif : il faut plutôt lui souhaiter de chercher des conseillers un peu plus aguerris dans ce domaine.

19/01/2016

Chercheur en Emploi : Naissance d'un nouveau métier

Marcel Renard, le 19 Janvier 2015

«Courbe du chômage : Les maux des mots.»

Comme les plumes au Moulin Rouge, les mots servent parfois non seulement à travestir la réalité, mais aussi à la transformer.

Plus que tous autres, les hommes politiques le savent, car ce sont des mots qu’ils vendent, et c’est pourquoi l’on retrouve nombre de baveux dans les rangs des parlementaires.

Venons-en au fait. Normalement, le mot « commun » renvoie vers communauté, bien commun… Mais dans les années 1970, au moment où le programme commun de la gauche pouvait être une menace pour les forces libérales, il fallait impérativement associer au terme « commun » des éléments de langage négatifs. C’est ainsi que l’on pu observer un glissement insidieux du mot « commun » : l’automobile représentait la liberté ? Les transports publics représenteraient l’asservissement. On appellerait cela les « transports en commun ». Ne croyez pas que cette appellation se soit imposée en remplacement des «transports urbains » ou « transports parisiens » par hasard.inversion courbe.gif

De la même manière, dans les années 2000, sous les coups de boutoir du libéralisme pan européen, on assista à volonté de transformer à tous crins le rapport du contribuable au service public. Il s’agissait de livrer au secteur marchand tout de qui faisait auparavant le secteur public. Ainsi, presque un peu partout, le terme « usager », « contribuable » ou « administré » disparu au profit de celui de « client ». Aujourd’hui, vous êtes non plus usager, mais « client » à la SNCF, non plus patient, mais « client » à la clinique. Normalement, un client, c’est lorsque vous avez le choix. Le banlieusard qui doit prendre son transport en commun tous les matins n’a pas vraiment le choix, pas plus que le malade qui ne trouve plus de place à l’hôpital. Aussi, il est clair que la volonté de les assimiler à des clients relève bien d’un choix idéologique, ne croyez pas que le choix de ces termes doive au hasard.

En 2012, François Hollande, Président a contrario par hasard,  a misé la reconduction de son mandat sur un pari techniquement impossible à tenir : « l’inversion de la courbe du chômage ». En effet, d’une part sauf à réécrire toutes les mathématiques, inverser une courbe, cela ne veut rien dire, car si l’on peut inverser une tendance, inverser une courbe est un exercice assez …compliqué… d’autre part, le taux de chômage étant le thermomètre de la croissance, tant que celle-ci est en berne, la seule manière d’endiguer le chômage reste la politique des grands travaux, ce qui – au passage – permet de redistribuer de la richesse sur le contribuable en augmentant la qualité des services publics offerts.

Alors, on a trouvé en haut lieu il y a quelques jours une astuce. Mesdames Messieurs, soyez attentifs aux médias : car le mot est en train de s’instiller dans la société française : Dans les années soixante dix, lorsqu’on n'avait pas de travail, on était « chômeur ». Environ ving ans plus tard, cette appellation fût convertie en « demandeur d’emploi ». Cette mutation permettait, à défaut de donner une dynamique à l’emploi, d’en donner une au chômeur qui, de passif, devait acteur de sa propre misère. Elle permettait donc de déresponsabiliser le système afin de « responsabiliser » l’individu : vous le constatez, nous restons toujours dans la même doctrine néo-libérale.

Et puis voici que, il y a environ trois jours, un ministre sans doute conseillé par un fort des halles a produit le terme merveilleux de « Chercheur d’emploi » ou « Chercheur en emploi », je ne suis pas certain d'avoir bien compris . L’expression est unique ! Refaisons au ralenti le glissement sémantique :

Le «Chômeur » devient «Demandeur d’emploi» puis de demandeur il devient «Chercheur d’emploi».

Vous qui lisez ces lignes et êtes gens de bon sens, vous comprenez immédiatement le ridicule de ces appellations, car, vous savez bien qu'au final, ce que cherchent la plupart des gens au chômage, ce n’est même pas un emploi – souvent ils s’en fichent - mais simplement de quoi nourrir leur famille.

On peut sans trop de risque prendre le pari que, bientôt, sur les formulaires de l’administration et dans la littérature, le terme de « chercheur d’emploi » deviendra la norme.

Allons plus loin, et posons nous la question : que sous-entend ce glissement sémantique : Quelle idée y a-t-il pour inverser la courbe du chômage à vouloir renommer les chômeurs ? Il n’y a pas à réfléchir une heure, c’est assez simple. Les chercheurs sont des gens qui cherchent plus qu’ils ne trouvent. Par ailleurs, ce qu'ils cherchent se mérite. C’est donc que l’on veut ancrer dans l’esprit des français que le travail est une denrée rare, car qui irait chercher quelque chose dont il dispose pas à ses pieds ? Tout ce qui est rare étant cher, cela justifie le fait de déréguler complètement le marché du travail, de faire des salaires au ras des pâquerettes et tout en maintenant un niveau acceptable de chômeurs.

C’est bien la logique ultra libérale qui se cache une nouvelle fois derrière ce nouveau glissement sémantique, merveille de la nov langue que  que l’on doit à un gouvernement de gauche.

Arrêtons avec ces emballages qui ne veulent rien dire à ceux qui n’ont pas l'esprit disponible à la reflexion tant l'estomac crie la faim... Appelons un chat un chat, un chômeur un chômeur, et un pauvre un pauvre. Cela nous permettra d’appeler un salaud un salaud. Car lorsque l’on trahit à ce point les intérêts du petit peuple, existe-t-il vraiment d’autres termes à employer ?

15/12/2015

Adam s'élève

Marcel Renard, à Pontoise, le 12 Décembre 2015

Adam est mort, Dimanche 10 Décembre.

Adam était une figure de Pontoise. C’était un clochard incontournable à Pontoise, mais on devrait dire un SDF car notre société policée a pris l’habitude afin de tenter de les édulcorer de coller des acronymes sur toutes les réalités. clochard,sdf,pontoise,adam,cergy

Autrefois, les gens n’avaient pas de nom, juste des prénoms. C’est une habitude qui nous vient du Xeme siècle que d’avoir un nom de famille, et entre le Vème et le Xeme siècle, on avait juste un prénom et parfois un nom de tribu. Le prénom, c’était le nom donné au baptême. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, les reines et rois se font appeler de leur prénom uniquement. Lorsqu'on parle de François 1er, tout de monde sait qui l'on évoque. Mais qui serait capable de donner son nom ?

Et bien Adam, pour les Pontoisiens, il n’avait pas de nom, mais juste un prénom « Adam ». C’était « Adam ». Tu as vu « Adam » dans quel état il était ? J’ai croisé «Adam ».

C’était comme cela. Son royaume à lui, c’était la rue.

Malgré un alcoolisme à un point difficilement quantifiable, il avait une personnalité assez marquée : Son horizon se mesurait en bière, non pas au pluriel mais bien au singulier, car s’il quémandait un peu partout, un peu à toute heure, il ne quémandait que ce qu’il lui fallait pour zigzaguer jusqu’à l’épicerie du coin se chercher la prochaine cannette de bière : Ainsi, son horizon semblait être découpé en tranches de 10 minutes.

Forcément, ça se terminait souvent mal : Coups, gnons, agressions sur sa personne, ecchymoses sur des pans entier du corps, dans le caniveau, sur le trottoir, contre un pan de mur, bref là où la dernière cannette l’avait vu encore debout.

Adam a animé les rues de Pontoise pendant bien des années, arrosé ses murs et plus encore ; il a occupé les pompiers, les services sociaux, les associations, la mairie, les riverains, et les épiciers de Pontoise, de la place de la gare, la place Notre-Dame jusqu’à celle des Cordeliers lui doivent bien une ultime bière.

Une fois, c’était à l’angle des  rues de la Bretonnerie et de l’Hôtel de ville - un endroit où il aimait à se répandre – une « bonne âme » avait dû appeler les pompier car Adam devait avoir la tête dans le caniveau. La tête, lorsque ça tape par terre, ça saigne facilement. Il gisait là contre le réverbère, et autour les pompiers qui essayaient de l’interroger :

- « Adam, on va t’emmener à l’hôpital de tel endroit (où, ne ne sais plus ou) car il n’y a plus de place à Pontoise » .

Adam, à moitié inconscient, la tête dans les étoiles, mais quand même les pieds sur terre, dans un râlement :

- « Non, emmenez moi à l’Ile Adam, c’est mieux »

Qui ne s’est pas fait racolé par lui, parfois invectivé, jeté des cannettes ? C’est-à-dire que sous l’emprise de l’alcool, tout devenait  possible à un homme qui pourtant avait envie de parler avec ses semblables.

Certains commentaires sur sa personne sont indélicats . C’était sans doute juste un gars pour qui la vie n’a pas dû être très féconde. Mais les clochards, pour peu qu’on veuille réfléchir un minimum, ça nous ramène à la fragilité de notre propre existence. Pour certaines personnes, la vie se passe mieux que pour certaines autres. Certains naissent avec une cuillère dorée dans la bouche, d’autre avec de la misère jusqu’au fond des yeux pour nourrir une théorie d'héritiers. Et ce ne sont pas nécessairement les derniers qu’on retrouvera dans le caniveau, pas plus que les premiers sous les ores de la République.

Quelqu'un saura peut-être dire qui il était, comment il s'appelait, qui était sa famille ? Tout ce qui est sûr, c’est que c’était une figure de Pontoise, pour preuve le nombre de commentaires qu’il réunit sur son décès ferait envie à plus d'un notable.

Les jeunes le connaissaient sans doute mieux. Un nous disait qu'il n’était pas pauvre, qu’il n’avait pas réellement besoin d’argent, et que le moment important dans le mois, c’était celui où il recevait son allocation. Mais la qualité de sa bière allait décroissant à mesure que le mois avançait.

Il ne s'agit pas de faire un beau discours pour se donner une belle conscience, mais simplement de dire que tout comme il fût, Adam faisait partie de la communauté, et de rappeler que notre communauté contrairement à bien d'autres villes , et c'est tout à son honneur, même si parfois il faut reconnaitre qu'on se laisserait aller à la faiblesse de  le souhaiter, ne fait pas la chasse aux clochards.

Certaines personnes de bonne éducation disent de ces gens-là qu’ils n’ont qu’à travailler, que ce sont des fainéants et qu’on n’a pas à leur faire l’aumône : Ce sont souvent ces mêmes personnes que l’on retrouve au fast food le dimanche, en train d’amuser leur progéniture en jetant des miettes aux moineaux, les faisant accourir de toute part par volées toutes entières. Les animaux n’ont pas d’âme disent-ils. Mais les clochards ? Leur déviance légitime-t-elle le fait de s'assoir ainsi sur ses convictions, alors qu'il suffit de regarder la taille des moineaux autour des fast food pour comprendre qu’ils ont eux aussi sans doute pas mal de problèmes avec leur foie. Ainsi, si l’on est capable de jeter les reliefs de son repas aux moineaux, ne pourrait-on pas a minima considérer les mendiants comme des sortes d'animaux insignifiants et leur faire l’aumône des piécettes rouges de nos fonds de poche ?

Si chaque personne qui a mis un "j’aime" sur la publication annonçant son ce décès s’arrêtait demain mercredi 15 Décembre devant chez Delahaye, la fleuriste à côté du cimetière, pour mettre simplement quelques euros dans une enveloppe, Adam pourrait recevoir une couronne comme rarement Pontoisien en a reçue. Et pour tout vous dire, n'y aurait-il pas un peu de fierté à se dire que nous habitons une ville dont les citoyens respectent jusqu’à la tombe le plus humble des leurs ?

 

29/10/2015

Exercice de style : aujourd'hui, les migrants et les normands

 Marcel Renard, le 26/10/2015

«Raisonnement de Normand»

A l’emménagement dans le gite normand qui allait nous servir à mon épouse et moi-même de havre de paix pour un week end bien mérité,  le babillage préliminaire avec la locandière sur le côté exorbitant du  montant des loyers dont nos progéniture respectives auraient à s’acquitter dès lors qu’il s’agirait pour elles de quitter le giron familial, dans des circonstances où leur espérance de toucher des prestations sociales s’amenuisait en proportion inverse de l’augmentation de l’épaisseur de la pile de leurs diplômes universitaires, laquelle de manière assez désespérante en vient à être corrélée à leur sentiment de précarité,  le propos arriva assez rapidement sur le délicat terrain de l’ « Immigré », suspecté de manière assez irrationnelle de prélever pour son compte des revenus dont le sens commun nous dicte à penser qu’ils devraient revenir à nos chères petites têtes blondes,  on glissa subrepticement  par une transition homophonique toute trouvée du sujet de l’immigré à celui du migrant,  et compte tenu de l’actualité récente, de celui des migrants à celui des syriens,  sujet sur lequel notre hôte tentant de conclure, magistrale, avec dans le ton l’aplomb que l’expérience d’ouvrière en usine contrainte - pour ménager un avenir qu’elle veut plus radieux pour son fils de quinze ans – à investir dans une location saisonnière pourrait sembler légitimer :

« il n’y en a que pour eux »,

réplique que ma femme pourtant peu habituée à la joute orale cloua par la phrase au combien simple, mais au terriblement efficace et finalement tellement évidente :

« j’aime quand même mieux être à ma place qu’à la leur »,

qui amena  notre locataire, après seulement quelques secondes d'une réflexion ponctuée de hochements de tête témoins bien involontaires de l'effort déployé, dans une force toute normande  et faisant montre d'une vigueur intellectuelle au moins à la hauteur de celle qu’elle avait mise en œuvre pour justifier sa précédente position à l’égard des susdits migrants, à répliquer avec la même conviction :  

« ça, c’est sûr ! ».

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05/10/2015

Pass NAvigo à gogo

Marcel Renard

Le 05/10/2015

«Passe Navig’hop»

J’œuvre à Paris. Forcément, comme plus d’un demi-million d’autres de mes semblables, je passe presque tous les jours en gare du Nord. Le soir, c’est toujours un peu la bousculade. Les statisticiens étant plus connus pour leur appétence pour le café que leur ingéniosité à décrire le monde réel, le nombre de tourniquets n’a pas été calibré pour une telle affluence, et il suffit que, dans cette béchamel bigarrée et bruyante en conséquence de raisons aussi diverses qu’improbables, une personne soit bloquée pour qu’aussitôt des grumeaux sourdent.

On a les ingénieurs qu’on mérite : En Russie, les portiques ferroviaires marchent dans le bon sens : c’est-à-dire que si on ne présente pas sa carte magnétique, la porte qui est toujours en position ouverte se referme lors brutalement et non le contraire, comme chez nous. Les russes sont des gens rationnels : ils ont compris il y a fort longtemps que traiter l’exception est plus économique que traiter la norme. De cette manière, leurs portillons ne sont que rarement sollicités, la circulation s’en trouve fluidifiée et les coûts de maintenance également adoucis. Mais chez nous les ingénieurs de la SNCF ne voyagent sans doute pas assez et n’ont pas encore compris ce qui parait pourtant évident : Donc, ils ont conçu des portillons qui prennent quelques secondes pour s’ouvrir à chaque fois - coin coin - , et de temps à autre ne s’ouvrent pas - Bzzzzin . Comme souvent, une mauvaise analyse conduit à une mauvaise solution.

Ce soir, je fais la queue pour pouvoir me faire confirmer par la machine que mon pass navigo est bien en règle et donc par là même pouvoir accéder à mon train. C’est la cohue, et ainsi que la tartine tombe toujours du côté de la confiture, la file d’à côté avance toujours plus vite que la mienne.

Devant , fait la queue un homme qui n’a sans doute pas pu s’acquitter de son forfait mensuel de transport. On le voit à des petits rien qu’il s’agit d’une de ces personnes qui doivent en début de mois – puisque nous sommes le premier lundi du mois – faire le choix entre les cigarettes ou la carte de transport : Le costume fripé dissimule timidement la manche blanche dont manchette élimée laisse apparaitre une main couperosée sentant bon l’alimentation de troisième classe.

Le pauvre a sa fierté.

Et notre homme, dans un simulacre d’urbanisme de classe moyenne, dans ce geste si familier du banlieusard, fait mine de tendre sur le lecteur magnétique une carte qui n’a rien à voir avec un pass de transport – c’est l’intention qui compte - , espérant profiter du délai accordé par la machine au voyageur précédent pour passer dans la foulée. Les ingénieurs appellent cette pratique l’hameçonnage. Cela aurait pu passer inaperçu si notre homme avait mieux apprécié  la corpulence de l’antépénultième qui, freiné dans son élan par l'étroitesse du passage  laissa notre condamné à demi coincé dans la guillotine du portique.

Derrière moi, les gens s’empilent, aussi poussais-je le pauvre diable afin de le faire passer sur mon pass, que je validais in petto.

Nous passons donc en sandwich, pendant qu’à ma droite, sur le portique d’à côté, la guillotine se referme brusquement sur le bras gauche d’une voyageuse, qui, destabilisée, s’appuie sur son bras droit, lequel est en train de passer son pass magnétique sur la borne, envoyant par la même devant sa propriétaire son pass qui, au lieu de butter sur les portes – ce qui aurait permis à notre voyageuse de récupérer son bien - part  dans une course élégante et précise à mi chemin entre la savonnette et le palet de hocket, s’immiscer dans l’interstice que dans sa grande âme l’ingénieur à ménagé entre les deux portes afin d'éviter au chaland qui voudrait resquiller de se retrouver sectionner en deux, effectue quelques galipettes en l’air et vient atterrir … dans ma poche droite, de laquelle je m’empresse de l’extraire pour le remettre à cette voyageuse, qui, étonnée mais pressée, me remercie et file vers son escalator.

Comprenez bien qu’il vous a fallu 5 minutes pour arriver à ce point de mon texte mais que dans la vraie vie du banlieusard, il ne s’est passé que deux à trois secondes, ce qui confère à la scène un côté particulièrement comique.

Enfin, de mon point de vue.

Car cela n’a fait rire ni le resquilleur devant moi, ni la maladroite.

…Les gens ne sont pas observateurs…

C’est sans doute ce qui explique pourquoi, depuis que le poinçonneur des lilas a rendu son tablier, les portiques marchent à l’envers…

20/09/2015

Pontoise, ville poubelle

 Marcel Renard

 Le 20/09/2015

 «Patrimoine»

Aujourd’hui Dimanche, c’était la journée du patrimoine. J’en ai profité pour arpenter les rues de ma belle ville.

Et je pousse un coup de gueule, un vrai, car je suis vraiment dépité.

En effet, des Cordeliers, aux Louvrais, à l’Hermitage, en passant par le centre, il n’est pas un coin où les poubelles ne rappellent leur présence de façon ostentatoire.  Rue de Gisors, rue Fontaine, rue de l’Hôtel de Ville, un jour où l'on voudrait précisément que notre ville montre son plus beau visage, où que l'on regarde, c'est partout c’est la même musique : les conteneurs dégueulent d’ordures.

Et pourtant, nous sommes dimanche. Il est 17h00. Je doute que les « boueux » passent ce soir. Malgré cela, il n’est pas un coin de pontoise qui échappe à cette invasion. Ce sont des grosses poubelles. Parfois, devant les immeubles, elles occupent des places de parking. Parfois, sur les trottoirs, elles empêchent les poussettes de passer, quand ce n’est pas juste les piétons.

Au pied de ces poubelles trop tôt sorties, on trouve d’autres poubelles, plus petites, des sacs de détritus, des bordilles en vrac. Quant aux encombrants, meuble ikea démontés, vieux matelas, électro-ménager hors d'usage, ils s’installent de manière récurrente, de place en place, dans des lieux à la face récipiendaire autoproclamée.

Il faut noter également, outre qu'elles ne soient pas sorties au bon moment, que les poubelles débordent, que dis-je, elles dégueulent littéralement. Fatiguées, elles baillent, le couvercle souvent  entr’ouvert , donnant aux chats noctambules l’occasion de tout éparpiller alentour dès potron-minet.

Mais que se passe-t-il au juste ?  Voici plus d'un demi siècle que je suis à Pontoise et d'aussi loin que je puisse remonter , je n’ai pas souvenir d’un tel bazar.  Est-ce un manque de civisme, un manque d’éducation des citoyens, un signe des temps, qui voudraient que la chose publique n'intéresse plus le chaland ?

Comme bien souvent, les gens ne sont pas sales par plaisir mais plutôt par contrainte. L’expérience montre que dès lors que l’on met les bons services en face, tout rentre rapidement dans l’ordre. C'est ainsi qu'on a pu voir la passerelle de la gare retrouver un aspect quasiment normal suite à l'installation de quelques poubelles et la mise en place d'un service ad hoc.

Il y a plusieurs raisons objectives, simples et techniques à tout ce bazar qui nous fait honte à nous autres, Pontoisiens.

Premièrement.

A la faveur du changement de marché public, le service rendu par la société qui collecte s’est considérablement dégradé : Il n’est plus régulier dans sa fréquence ; On ne sait dont plus exactement à quel moment sortir sa poubelle. Alors du coup, pour éviter de rater un passage, on sort sa poubelle un peu trop longtemps à l’avance. Il est nécessaire de rappeler le besoin de régularité que requiert cette collecte : ceci devrait être un critère d'attribution du marché public.

Deuxièmement.

Le nombre de collectes hebdomadaires a diminué. Pour faire des économies. Sauf que le brillant cerveau qui a pris cette décision a complètement oublié que lorsqu’une entreprise remporte le marché de la collecte, elle fait une enquête préalable, qui vise à calibrer la fourniture des conteneurs, en  nombre et en taille.

Si entre l’enquête et la mise en place de la collecte vous changez la fréquence, il y a peu de chance que éléments recueillis pendant l'enquête (taille et nombre des bacs) restent en cohérence avec le service. C’est assez simple à comprendre, encore faut-il y penser…

Troisièmement

La brillante personne qui a pris la décision de diminuer le nombre de collectes fixé depuis belle-lurette à Pontoise ne s'est pas souciée du fait que les locaux sanitaires dans l’habitat collectif étaient dimensionnés en conséquence. Il en ressort que pour éviter que les locaux ne débordent, les gardiens essaient de sortir les bacs le plus tôt possible.

Quatrièmement.

Toujours pour faire des économies, un brillant cerveau a pensé qu’en faisant collecter les ordures pendant les heures ouvrables, cela couterait moins cher, puisqu’il n’y a pas de majoration du salaire du travailleur pour heures de nuit. Résultat : Le matin, les embouteillages sont légion derrière les camions poubelle, car la collecte se fait à l’heure où les gens vont bosser. Le corolaire de cela est que le chaland a droit au spectacle des ordures accumulées sur les trottoirs et que dans une ville où la majorité municipale a pour obsession l’élégance des façades, c’est juste en léger décalage.

Le résultat de cette incurie est visible tous les jours. Il n’y a pas besoin de payer un cabinet de consulting pour faire une étude d’impact de ces décisions prises sans réfléchir, il suffit de se promener dans notre ville.

Il faut noter que la situation à Pontoise est vraiment exceptionnelle : dans aucune commune alentour on ne retrouve le même phénomène. Pire, il est des communes plus grandes, où le revenu moyen est presque d'un tiers de moins celui de Pontoise - c'est à dire où l'impôt collecté devrait permettre moins de services (1)  - et où les rues sont pourtant impeccables.

Quelles sont les solutions ?

La première chose est de s’intéresser à la situation.

Il y a des mesures évidentes : que l’entreprise qui collecte fasse une tournée de collage sur chaque conteneur d’un sticker indiquant à quel moment sortir les bacs, ou que la mairie distribue des stickers : cela ne coute rien et permettrait de commencer par limiter la casse.

Il y a urgence à faire une communication claire et cohérente sur le sujet.

Il faut également pouvoir revenir au rythme de collecte antérieur.

Il est nécessaire de régler rapidement le problème des encombrants. Auparavant, il y avait une tournée des monstres : cela fonctionnait très bien. Par ailleurs, cela permettait à tout un tas de gens, chineurs, biffins en tous genres, de bénéficier des ordures en faisant diminuer pour le contribuable le coût global de traitement tout  en établissant une sorte de paix sociale à pas cher.   Un brillant cerveau s’est fait refourgué le concept du « call for services ». C’est complètement foireux. Il faut repasser à la tournée programmée des monstres.

Il faut rappeler que l'on paie pour un service, qu'à Pontoise sans qu'il y ait de raison particulière ce service est facturé plus cher qu'ailleurs et qu'il est du devoir de la communauté de mesurer le taux de service et de faire les réclamations en conséquence. Encore faut-il s'intéresser au sujet...

Tout ceci ne relève que du bon sens et d’une appréciation globale de ce qu’est une économie et une gestion saine des affaires communales.

Sur ce sujet précis, force est de constater que nous en sommes très loin aujourd'hui.

---------

(1) Je précise, suite à la remarque justifiée d'un lecteur, que malheureusement les ressources (les impôts pour l'essentiel) sont en grande partie fonction du niveau moyen de revenu, et que donc - pour exprimer les choses rapidement - plus ce niveau est faible, moins il y a de chance que la commune puisse offrir des services de qualité. 

22/08/2015

Jeannot Lapin naquit à l'âge de 5 ans

Marcel Renard

Le 22/08/2015

« Version familiale, apprentissage des li-ai-sons»

Jeannot Lapin naquît-a l'âge de 5 ans.

Ses parents, ses h'amis, voyant qu'il était doué pour la musiqueuuh'

l'envoyèrent rheu dans les h'Alpes

En chemin, Jeannot  lapin eu faim

il frappa-t-a la porteuh d'une'neuh aubergeuh-et demandat qu'on lui fit-t-a-manger.

"j'ai du pain, j'ai du vin, j'ai des h'oeufs (pononcez dé eu), (...silence lourd de sens... )

Hum, ça est bon, ça, les h'oeufs" (lé eu)

On lui fit-t-une omelette au lard

Mais il s'étrangla avec uneheu arrêtheu.

Et sur sa tombe on inscriva (oui, c'est bien on inscriva)

Ici gît jeannot lapin qui naquit-t-a l'âge de 5 ans

(etc...)

 

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21/08/2015

Comment dire merci à son instituteur ?

Marcel Renard

Le 21/08/2015

« Puisque c’est comme ça, je dirai toujours Bouton. Tiens, Bouton, Bouton»

La nature offre des merveilles à qui sait regarder. La qualité de mon appareil photo ne permet pas d’immortaliser ce que j’ai sous les yeux, aussi je vais essayer avec la lentille des mots, avant que ne se couche le soleil.

Il est 18h00 et nous sommes en plein mois d’Aout. Le  soleil est en train de plier bagage et, entre mon œil et lui, à travers les branches tortueuses d’un réverbère encore éteint, une araignée - profitant d’une situation qu’elle sait propice à attirer le chaland - a déjà tissé une toile dense.

Le positionnement du soleil et la configuration de la toile transforment cette dernière en un prisme qui décompose la lumière du jour. Il est vraisemblable – encore faudrait-il une loupe binoculaire pour s’en assurer, que la section du  fil de toile n’est pas réellement cylindrique mais présente des côtés.

Quoi qu’il en soit, la pureté du fil est telle qu’il apparait plus limpide que le plus beau des cristaux, et la diffraction du rayon solaire qu’il permet est à l’égal de cette transparence.

Le vent qui mollement agite les fils fait onduler dans toute l’étendue spectrale de l’arc en ciel cette toile , qui , sous une  inclinaison de la tête dans un sens ou dans l’autre, se transforme en un disque chatoyant tantôt dans les rose, tantôt dans les bleus, tantôt dans les verts.

Et l’on peut discerner un bleu que l’on voit tellement rarement dans la nature, ni même dans les spectres lumineux, le bleu des turbans des touareg, un bleu intense fait à base de cette pierre que l’on retrouve sur les masques funéraires des momies égyptiennes, le lapis lazuli. Il est rare de voir une telle déclinaison de bleus, tant nos yeux sont habitués à la standardisation des couleurs. C’est magnifique et totalement étonnant.

Parfois, on peut voir également un vert surprenant , que là encore on ne voit jamais dans les arc en ciel, et très rarement dans la nature, le vert émeraude extrêmement intense.

Toutes ces couleurs sont brillantes, phénomène que l’on ne voit même pas dans les prismes générés par l'irisation des tâches d’huile dans l’eau. C’est vraiment unique et totalement surprenant..

Il faut profiter de cet instant fugace, car déjà la déclinaison de l’astre solaire fait s’enfuir ces fééries fantasmagoriques que l’incidence d’un simple rayon de soleil sur une toile d’araignée toute à fait ordinaire arrive à produire. Et déjà, quelques minutes à peine après le début de cette observation, voici que notre toile recouvre son apparence insignifiante.

Mais alors… comment ne pas imaginer que des générations d’individus, qui des millénaires avant moi n’avaient rien d’autre à faire de la journée que de chasser et contempler les choses de la nature, comment ne pas imaginer que ces individus ne se soient posé la question du  pourquoi d’une telle chose, si frêle et pratiquement invisible, une chose si ordinaire, qui, sous l’effet d’un simple rayon de soleil, puisse prendre des allures aussi incroyables ?

A l’évidence, ces gens-là ont existé !  

Ainsi, c’est avec une très grande surprise que j’ai découvert que l’invention du cinéma ne datait pas de ce qu’il est usuel de dire. La «camera obscura », la chambre obscure, qui permet de visualiser dans une tente de bédouin des scènes produites à l’extérieur est une découverte très ancienne, dont des circonstances exceptionnelles et analogues à celle de ma toile d’araignée et de mon rayon de soleil m’ont éveillé à l’existence : Aristote, 300 ans avant notre ère, en avait déjà décrit le principe. Il ne lui manquait plus que le support pour en fixer l’image…. Et il n’est pas sûr que ce support n’ait pas existé avant l’invention au moyen âge de l’exploitation des propriétés du chlorure d’argent.

pontoise,cordeliers,chars,araignée,optique,ferry,renaut,renaud,philosophie urbaineEt il plus que vraisemblable - n’en déplaise à Alain Renaut, ce professeur de philosophie que nous avions eu au lycée de Pontoise dans les années 75 et qui, à défaut d’avoir su donner à ses élèves l’amour de la philosophie tant il naviguait en permanence dans une autosatisfaction qui faisait rire les adolescents que nous étions, psalmodie maintenant aux côté de son idole de Luc Ferry en se cherchant une clientèle de bazar - que le célèbre mythe de la caverne soit d’avantage inspiré de cette découverte tout à fait naturelle que d’une profonde et intense réflexion philosophique.

J’ai beaucoup perdu de temps avec la plupart des professeurs que j’ai eus, au lycée comme à la faculté, car ce n’est pas à eux que je dois cette manière d’observer.

C’est simplement à un instituteur, dont le père était particulièrement ignoble et a fait souffrir des générations d’écoliers Pontoisiens. Le fils de ce bougre, par une pédagogie toute à fait innovante, voulait sans doute essayer de racheter tous les péchés de son père, hélas ! une vie entière n’y aurait pas suffi…

Il avait su développer une méthode simple : nous emmener quelque part et nous demander d'observer...jusque dans les moindres détails... et d'exprimer sans crainte et sans a priori  avec pour seul outils notre maigre vocabulaire, ce que nous voyions.

Et lorsque je pense aux salaires dont sont gratifiés ces instituteurs, mon cœur frémit, comme cette toile d’araignée qui, au rythme de la brise du soir, me renvoie des reflets mordorés et mystérieux... 

Car ce sont de ces personnes dont dépend le monde, et non de ces petits barons qui pérorent sur les ondes.

La nature est pleine de choses magnifiques que nous avons appris à ne pas regarder en nous absorbant sur des choses insignifiantes ; Et pourtant, le moindre grain de sable, le plus petit cristal de neige, la plus petite étamine de la plus insignifiante des fleurs recèlent d’avantage de choses à étudier que tout ce que vous n’apprendrez jamais dans les meilleurs collèges des meilleurs écoles du monde. La géométrie de la nature est tout simplement passionnante.

Pendant que les médias nous endorment avec des guerres qui ne sont pas les nôtres, il y a beaucoup à apprendre...

Il suffit juste d’ouvrir les yeux. Et à part pour des gens comme Jean-Marie Lepen, on en a pour la plupart tous deux, ce qui est amplement suffisant pour apprécier la beauté du monde....

 

 
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