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06/07/2018

La Bohème à Pontoise

Marcel Renard

Le 06 Juillet 2018

«Sur la passerelle de la gare, c’est la bohème »

J’habite à côté de la gare SNCF de Pontoise. Elle désert Creil, Paris Nord, Paris Saint Lazare, Gisors, et Orly par le RER C. De plus, a proximité, une grosse gare routière permet de desservir le Vexin et une navette permet de relier la gare de Cergy et d’accéder au RER A. C’est donc quotidiennement un trafic permanent de voyageurs qui viennent d’un peu partout.

Le nombre de voies ferrées que composent cette infrastructure impose le franchissement aérien par une passerelle à la réputation sulfureuse : Bien qu’axe de passage stratégique entre les nouveaux quartiers de Cergy et la ville ancienne de Pontoise, cet axe est laissé à l’abandon depuis un demi-siècle par les municipalités successives, avec l’argument répété en boucle par l’actuelle majorité depuis 16 ans que l’on n’en connait pas les propriétaires.

Le revêtement fatigué de cette infrastructure laisse la place à des ornières de tailles diverses qui rend périlleuse la marche pour les femmes en talon, les personnes tirant des poussettes ou simplement les personnes ayant du mal à marcher et qui, en hiver, lorsque la glace envahit ces périls, se révèle être un piège parfois casse-figure.

Il a fallu batailler pendant un an pour obtenir de la mairie un peu de lumière, élections municipales approchant faisant office de motivation, et un rafistolage fût bricolé en 2014, pour rapidement tomber en panne après les élections et être maintenant hors service. Le seul progrès – mais de taille – que l’on a pu constater en trois mandats municipaux, c’est l’installation de sacs poubelle et l’affectation d’un employé municipal zélé ce qui fait que les lieux ne sont plus parsemés d’ordures, qui ensuite basculaient sur le terrain SNCF et donnait à l’ensemble des lieux un air de Bogota, ce qui doit correspondre à un investissement de l’ordre de cinquante à soixante centimes d’euros par an et par pontoisien.

Outre les milliers de voyageurs - puisque nous sommes dans une gare - le lieu étant fréquenté par diverses populations indélicates ou clochardisantes, les arrières coins servent d’urinoir et pas seulement.

Bref, pour le voyageur qui venant de Paris découvrir notre belle ville d’art et d’histoire, la première vision sent un peu la pisse.

C’est sur cette passerelle qu’un couple de roumain s’est installé il y a maintenant plusieurs mois. Ils dorment le soir dans le recoin de la gare routière, et commencent leur quête vers 7h45 pour la finir vers 21h00. Ainsi, je les croise le matin en partant au travail et les revoit le soir en rentrant. Bien sûr ils font la quête tous les jours, car ils sont comme vous et moi, ils mangent tous les jours.

Ils ont peut-être la cinquantaine, je ne saurais dire exactement. Ils sont en général bien habillés, chaudement. Le matin, elle s’installe sur ses cartons, de manière assez soigneuse, lui la rejoint ensuite et le soir, ils comptent leurs sous : des pièces de 10, de 20 centimes, parfois une lune…En général, le montant que je peux entrevoir dans les repris des jupons de la dame – c’est elle qui tient la culotte - leur donne l’aisance pour la journée. Bien que n’entendant pas grand-chose à leur langue, les discussions qu’ils entretiennent semblent être les mêmes que celles que nous pouvons avoir entre époux. Ils ne boivent pas, ne sont pas exubérants et vivent leur vie à la rue sans que leurs expressions témoignent d’une réelle détresse. Au contraire, une certaine sénérité semblerait en émaner de leurs posture et attitude : Ils sont visiblement très amoureux.

Les diverses tentatives d’échange, en Français, en Anglais, en Allemand ou en Italien se sont toutes soldées par des échecs : Ils ne parlent que le Roumain (lequel est normalement assez proche de l’Italien). En fait, il semble que ça ne les intéresse pas de discuter avec les passants, ce qui peut se comprendre car le temps perdu avec un chaland, ce sont des possibilités de rentrée monétaire qui s’envolent. On a l’impression que la seule chose qui les intéresse, c’est d’être ensemble, et de travailler. Finalement, ils se comportent comme la plupart d’entre nous : nous sommes tous tellement occupés que nous ne nous parlons guère entre voisins.

Ce soir, en passant, j’observais la légèreté de leur paquetage en pensant à cette chanson scoute, « la bohème ».

«Et si mince est son bagage, Faria faria ho!

« Que sans peine déménage, Faria faria ho!

« Dans le ciel quand Dieu voudra

« En chantant s'envolera. Pontoise, SNCF, PASSERELLE, NETIXIS, SDF,

Et puis, mon regard fût attiré par cet objet insolite coincé entre leur couverture soigneusement enroulée et le caddy qui leur sert de baudet, et je m’arrêtais pour prendre un photo.

En fait, ce n’est pas la bohème, c’est juste qu’ils habitent à la rue…Et que voulez-vous, à Pontoise, sur cette passerelle crasseuse, même les derniers de nos compatriotes dans l’échelle sociale savent qu’il faut passer un coup de balai avant de s’installer si l’on veut y vivre de manière acceptable.

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