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10/01/2018

Sahara Chiche, Weinstein, le harcellement, le féminisme et #BalanceTonPorc: Quel bordel, monseigneur

Marcel Renard

Le 10.01.2018

'Marcel m’harcelle, et je sens une colère froide sourdre de mes tripes et poindre"

Ce matin, sur France Culture, nous semble-t-il, nous avons entendu une interview de Sarah Chiche. Elle dénonce le tohu bohu qui est fait autour de l’affaire Weinstein, et met en avant un certain droit à provoquer.

Cette interview nous a fait réagir vigoureusement. Nous traduisons cette réaction par le présent billet.

Pourquoi ?

Car nous pensons que non seulement elle a raison, mais qu’elle ne va pas assez loin dans son raisonnement. Nous souhaitons développer notre point de vue et vous faire réagir.

Les rapports humains sont basés sur la séduction

Il serait sot de vouloir ignorer que les rapports humains sont basés sur la séduction. Dans un coin de la cervelle de tout être humain, il y a de coincé tout un tas de petits neurones qui activent toute une mécanique fort complexe, donc un des résultats en sortie est l’appétence a entreprendre sexuellement son prochain.

La finalité est-elle la satisfaction d’un désir immédiat ? Nous laissons à la psychanalyse le soin de répondre. De manière beaucoup plus terre-à-terre, nous considérons que la conscience de sa finitude développe chez l’homme cet instinct de survie, qui se traduit par des comportements de drague dont l’acceptabilité de la limite varie avec les temps et les mœurs.

Mais la philosophie n’étant pas la culture déterminante du monde contemporain, il serait vain de vouloir s’étendre davantage sur le sujet. Contentons-nous d’observer le résultat : Les abeilles se touchent les ailes en entrant et sortie de la ruche, et les humains les fesses.

L’arrivée du scandale Weinstein, après celui de DSK

L’affaire Weinstein : une actrice se plaint d’agression sexuelle de la part de Weinstein, notoriété du petit écran. Celui-ci, devenant l’objet ou plus exactement le sujet d’un scandale dont la mousse monte de jour et jour, se voit contraint de démissionner de son entreprise. Ainsi, celui qui faisait la pluie et le beau temps dans l’univers du cinéma se retrouve nu sur son trône.

Pendant que ce scandale s’écoule, ce sont plus de cent personnes qui viennent à se déclarer avoir été agressées par ce magna de la lanterne magique. Notons que cette affaire arrive après une autre, récente : Dominique Strauss Kahn, l’homme qui faillit être roi après s’être retrouvé les pieds et le reste pris dans le tapis d’une histoire glauque, vraie ou pas peu importe ce n’est pas le sujet, de viol.

Le directeur du FMI, qui aurait dû devenir Président Français si l’on croit la voix populaire, du laisser la place d’un côté à une femme particulièrement austère au FMI – Christine Lagarde - , de l’autre à un pantin – François Hollande - aux manettes de la France, ce dernier ayant auparavant fait tout ce qu’il fallait pour évincer du trône son épouse. Cette situation nous a finalement amenés à avoir Macron au pouvoir, dans un mouvement quasi général de disparition de l’offre politique française.

Weintein, se fait donc pincer la bave au coin de la joue. L’homme est ruiné, sa carrière foutue et le cercle de celles qui était autrefois ses groupies serviles devient un bureau de représentation des femmes victimes d’agressions sexuelles. Un mot clef digne des meilleures heures de l’occupation fait son apparition sur les réseaux sociaux : « Balance ton porc ». On en parle à la télévision, sur les chaines publiques et privée.

L’industrie du cinéma, de la mode

Mais voilà, à notre sens, il y a un petit problème. Tout le monde voudrait avoir un bon menuisier pour faire ses meubles. A quoi le reconnaitre : C’est facile disait ma grand’mère : en général, il lui manque un petit doigt. Car, comme disait nos aieux : « c’est le métier qui rentre ». Bien sûr, il ne faut pas encourager le coupage de doigts, et c’est pour cela que nous avons des «équipements de protection individuelle ». Mais lorsque l’on manipule des outils qui coupent, forcément à un moment on risque d’y laisser un petit peu de soi.

Il se trouve que l’industrie du cinéma repose (pas seulement mais pour une grande partie) sur la promotion du meurtre, du trafic de drogue, du sexe, de l’exhibition du corps, du voyeurisme. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela : il en était de même aux début de la photographie ou à l’époque d’Ingre, comme aux début du minitel. C’est toujours la même histoire : La société des humains met en avant la promotion du sexe, sans doute pour les raisons que nous avons évoquées plus en avant et qui n’ont pas grand-chose à voir avec le sexe en tant que tel.

Il n’en reste pas moins que c’est un fait : la société de l’image met toujours en avant le corps. Cela fait des siècles que c’est comme cela.

Nous sommes persuadés qu’en cherchant un peu, nous pourrions trouver dans les grottes de Chauvet, de Lascaux ou d’autres lieux de villégiature de nos lointains ancêtres des représentations qui pourraient correspondre ce que l’on appellerait aujourd’hui de la pornographie. Du reste, lorsque l’on trouve des statuettes de déesses au ventre arrondi, que nos anthropologues le plus éminents classent assez pudiquement dans le patrimoine des «déesses de la fécondité », ne serions-nous pas sur la même démarche ? Idem pour toutes les représentations de phallus, abondantes dans la statuaire préhistorique. Sont-ce des objets de cultes ou des objets utilitaires ? Loin des théories de nos éminents savants, et nous appuyant sur une réflexion qui nous amène à penser que les fondamentaux de l’espèce humaine n’évoluent pas réellement, ou au moins pas à une vitesse dont la perception puisse être à notre échelle, nous sommes tentés de croire en face de chaque chose qui pose question que les explications les plus rationnelles sont souvent les plus plausibles.

Il résulte de tout cela que les stars et starlettes en herbe, pour accéder à l’emploi de leur vie, sont disposés à des concessions aux limites variablement acceptables, qu’on en juge par le nombre de femmes qui sont prêtes à se mutiler et sacrifier leurs vieux jours pour mettre en avant leurs poumons grâce à l’artifice de l’implant de prothèses mammaires, ou aux nombreux hommes qui ont accepté de sacrifier les-leurs sur l’autel de la vénération du cow-boy de Marlboro.

Alors, il apparait très curieux de voir ce petit monde pousser aujourd’hui des cris d’orfraie devant tous ces scandales à répétition.

Non que nous fassions la promotion de pratiques assurément détestables, mais il semble étonnant que tous celles et ceux qui hier ont acceptés pour le bénéfice de leur petit confort bourgeois des concessions qui – quels que soit l’époque, la situation, le moment – restent proprement inacceptables, aujourd’hui se retrouvant victimes d’un effet boomerang que nous jugeons tout aussi détestable n’aient pas suffisamment de cervelle pour pousser leur raisonnement jusque dans ses derniers retranchements

C’est une des raisons pour lesquelles nous avons apprécié l’intervention de Sarah Chiche.

Les femmes sont les victimes d’une société patriarcales

Mais il y a quelque chose d’extrêmement pervers dans cette agitation de foire qui est dans l’air du temps : En France, les femmes sont payées en moyenne 25% de moins que les hommes. Les femmes ne sont pas représentées dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Nous n’avons pas encore eu – grâce à Hollande – de femme présidente de la République. Combien y a-t-il aujourd’hui de sénatrice ? de députée ? de mairesse dans les communes de plus de trente mille habitants ?

Pire encore : Depuis les années 70, la femme paye sa « libération » au prix fort : C’est elle qui porte le poids de la contraception ; C’est elle qui, rentrant le soir après une dure journée de labeur – car les femmes sont plus souvent dans des emplois moins qualifiés que les hommes – doit en plus s’occuper des gamins. Et au finale, son espérance de vie diminue.

Et enfin : Parmi les populations les plus précaires, qui retrouve-t-on ? Les femmes, encore une fois. Car le système est tellement bien fabriqué pour les exploiter que lorsque leur coquin de mari en a trouvé de plus jeunes pour les remplacer ces dernières ayant du s’arrêter pour élever les enfants n’ont pas de grands droits à la retraite – quand elle a la chance d’en avoir un peu ; pas de gros revenus ; et finalement se retrouvent dans la misère.

L’arbre qui cache la forêt

Alors oui, à nos yeux, l’affaire Weinstein n’en est pas une . Ce qui est scandaleux, c’est tout ce que nous venons de décrire. Et pendant que nos ami(e)s du cinéma se perdent en verbiage sur les réseaux sociaux entre les balançages de porc et autre délations de bas étage, dans une société ou la censure et l’autocensure n’ont jamais été aussi fortes et violentes, nous souhaiterions poser la question :

A QUI PROFITE LE CRIME

Au service d’une société capitaliste

Et encore une fois, il est patent que ceux qui agitent ces épouvantails ne sont pas les médias alternatifs, mais les grands médias, au service d’une bourgeoisie particulièrement pervers. Et pendant ce temps, parlons-nous des vrais problèmes ? de la sous-représentation des femmes ? de leur précarité grandissante ? de leur exploitation ?

ABSOLUMENT PAS.

Aussi, même si nous la jugeons timide, nous saluons l’initiative de Sarah Chiche. Nous reconnaissons que le mouvement issu de l’affaire Weinstein a eu un certain mérite. Mais nous encourageons Mme Chiche à aller plus loin et à ne pas laisser la scène médiatique se faire envahir par ce qui ne reste finalement qu’une manifestation d’un problème qui est largement plus complexe, vaste et conséquent et plus pervers, et ceci pas seulement pour la population féminine.

Vous avez le droit de me contredire, cela m'aidera à grandir...

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