UA-29881888-1

Avertir le modérateur

16/10/2014

Maïs en gare de Pontoise : ça crépite

Les urbanitasmagories de Marcel Renard : C’est reparti

Je reprends le fil de ce blog - délaissé depuis quelques temps pour cause de campagne électorale - avec cette petite anecdote étonnante sur la gare de ma ville.

La crise aidant, chacun doit se débrouiller. A ce propos, pour tous ceux qui penseraient que « La Crise » est un événement, je les invite à relire l’histoire du Petit Poucet : On peut faire une analyse délirante de ce conte, ainsi que Freud en bon escroc qu’il était le fit, ou le comprendre comme le reflet des crises à répétition qui jalonnèrent le début de l’ère capitaliste, qui se reproduisent maintenant globalement tous les trente ans depuis le début du 17eme siècle et montrer par -à que la notion de « crise » n’est pas événementielle mais systémique. Je ferme la parenthèse

Donc, avec « la crise », à  la gare de Pontoise, comme dans beaucoup de gares de la région, vous pouvez découvrir ce qu’on appelait à dans les années 75/80 « les petits boulots de Pasqua » : Vendeurs à la sauvette de CD piratés, de ceintures made in china, etc… Tous ces petits métiers d’un autre âge progressent et prospèrent un peu partout. C’est ce qu’on appelle « le progrès ».

Il y a chez nous comme ailleurs des vendeurs de maïs. Pour vendre du maïs, il faut un gros bidon d’huile d’olive vide, que l’on transforme en barbecue portable, un caddie de supermarché, un éventail, du charbon de bois et du mais.

Même si cela rend service aux ventres affamés, cela reste assez moyennement légal, comme commerce. D’autant plus qu’en étudiant la chose on s’apperçoit rapidement que ce commerce a de quelque chose qui s’apparentait plutôt à de la prostitution : Le vendeur « paie » son emplacement à un type qui, en échange de ce loyer, lui donne l’investissement (le caddie et le bidon),la protection,  lui vend le maïs, et éventuellement peut le loger. Les types ne parlant pas français, très mal anglais et n’ayant aucun papier sont des cibles assez faciles à persuader de la réalité de l'acquisition de leur droit commercial. On nage dans le surréalisme.

Donc, le type vend ses mais grillés, sans aucune norme d’hygiène. Mais bon, me direz-vous, ce n’est jamais que du mais grillé. Comme il n’a pas le droit, la police intervient régulièrement. L'argument est l'hygiène.

Mais que fait la police ?

Bonne question : Elle vérifie ou tente de vérifier les identités des vendeurs. Elle prend les maïs et les jette dans la poubelle la plus proche.

Et après ? photo-630x0[1].JPG

Le gars qui vend ses maïs est comptable de ses ventes auprès de son maquereau. Donc, il s’embourbe le débours. Même s'il est pauvre, il n'est pas fou, et a déjà inclus dans son prix de vente ce risque. Au final, l’équilibre lui permet d’être dans les clous.

Mais il se pose alors un problème que toutes les entreprises connaissent bien : L’irruption de la police provoque une rupture dans la chaine d’approvisionnement, rupture qui risquerait de compromettre le chiffre d’affaire du pauvre type, chiffre d’affaire qui, par parenthèse est très loin d’être négligeable, à un ou deux euros le bout de maïs :  il suffit pour s’en convaincre de voir la quantité d’épluchures qui reste après la vente.

C’est là que l’anecdote rentre en jeu : je vous la raconte telle que j’ai pu la constater de mes propres yeux avant-hier alors que j’allais prendre le train dès potron-minet : Le vendeur a en fait un stock tampon, caché dans un gros sac poubelle, planqué dans un coin de la gare. Il y a environ une cinquantaine de kilo de maïs. J’ai complètement halluciné lorsque j’ai vu le truc. J’ai échangé quelques mots d’anglais incompréhensible avec le réapprovisionneur, qui m’a expliqué pourquoi il faisait comme cela.

Donc, dans la pratique, le vendeur à 2 ou 3 kilo de maïs dans son caddie : Il s’agit de son stock de vente. Lorsque la police vient, elle lui détruit son stock facial – en logistique on appelle cela la « picking ». Lorsque la police part, le type attend 5 minutes, puis se fait réapprovisionner son picking depuis son gros sac planqué. En logistique, on appelle cela le « racking ».

J’ai trouvé cela tellement merveilleux que je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire ce petit article : le commerce illégal répond aux mêmes impératifs que le commerce autorisé. Seul le protecteur change. Encore faut-il qu'il nous protège vraiment... mais ceci est une autre question

Bonne journée à vous et ne forcez pas sur le maïs.

(photo d'illustration, http://www.courrierdesyvelines.fr/files/2013/09/photo-630...


 

07:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pontoise, fret, sncf, serqueux, gisors | | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu