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21/08/2013

Le Galérien

 

Les urbanitasmagories de Winter

le 31 Aout 2013

 «Le galérien».

Sur France info, ce matin, une chronique autour de cette « vieille » chanson. Ecrite à Alger en 1943, le galérien a marqué toute une génération. Reprise chez les scouts, dans les colonies de vacances, cette chanson a empreint toute une jeunesse, dont la nôtre. Aussi, c’est toujours avec émotion que l’on réentend ce refrain que l’on aime.

Mais cette chanson est réellement détestable.

Au-delà du pseudo folklore – pseudo puisqu’en 1943, il n’y de roi sur le territoire de notre République qu’à Wallis et Futuna , et même si les bagnes furent fermés tard, il n’y a alors plus de galère depuis longtemps -, son message est simplement terrorisant, et c’est erreur que l’interprétation des compagnons de la chanson met en relief.

De quoi s’agit-il ?

De tous temps, les gouvernants ont su que pour parler aux hommes, il était vain de s’adresser à leur raison : c’est au corps que l’on doit parler. Ainsi, les moines à travers les complies et les matines sont privés de sommeil, et l’on renforce leur embrigadement par des psalmodies envoutantes ; les soldats partent à la boucherie la fleur au fusil et la ritournelle à la lippe, car, comme le dit fort justement le proverbe « on n’arrête pas l’homme qui chante » ; les révolutionnaires sont catalysés par des chants entrainants tandis que les légionnaires sont coalisés par des ritournelles certes discutables mais sans conteste envoutantes elles aussi ; et au-delà de nos frontières, les guerriers écossais partent au combat au son des bourdons des cornemuses, mélodies particulièrement étourdissantes s’il en est. Le chant à l’unisson permet de marcher droit sans trop se demander pourquoi l’on avance.

Car le chant, la musique,  sont faits de vibrations, et ce sont ces vibrations qui parlent directement à notre corps, sans même prendre le temps de passer par le cerveau : Ces ondes réveillent en nous les impressions de la première écoute ; on éprouve de la nostalgie ; la nostalgie est le moteur de l’obéissance.

Cette chanson est détestable pour ces raisons : malgré son message terrible, on ne peut s’empêcher de l’aimer, car c’est devenu un tube, repris par une théorie d’interprètes.

Son message est double : Elle met en scène quelqu’un qui a mal tourné, au travers l’évocation d’un discours entre l’auteur et sa mère.

Pourquoi ce discours édifiant est il détestable ? Pour plusieurs raisons : la première c’est que la mère s’érige en référant moral absolu. A la limite, jusqu’à ce point, ce n’est pas trop grave, car finalement beaucoup de gens pensent que l’éducation consiste à inculquer des références morales ; « j’me souviens ma mère disait, et je suis aux galères ».  

La deuxième raison qui rend cette chanson détestable, c’est qu’elle démontre une certaine vacuité de l’innovation : c’est une chanson qui est faite pour encenser la perpétuation d’un certain ordre social ; mais au-delà de l’aspect « avertisseur » de cette chanson, il y a dans le fond du message une idée qui ne peut nous le faire apparaitre que complètement pervers, jugez plutôt : La mère de celui qui est devenu bagnard a fait œuvre de prophétie dont le caractère auto-réalisateur ne peut que nous surprendre ; en fait, la mère a modelé le destin de son fils en lui prédisant le bagne. « quand tu s’ras aux galères » : le futur est employé dans la bouche de la mère, pas le conditionnel ; C'est-à-dire que la mère prédit à sa progéniture le même destin que celui que son géniteur a subi auparavant : c’est la mère, par l’exhortation à la répétition d’ un ordre social confortable qui, de facto amène son fils aux galères.

Au-delà du pseudo folklore, cette chanson est l’archétype de la chanson conformiste, destinée à embrigader les gens dans un système conservateur.

On pourrait en conclusion dire que l’exact contrepied de cette chanson garant le salut de la modernité ; et que l’évolution sociale ne peut se faire que si précisément on n’écoute pas ses parents. Mais cette écoute à peut de chance de se faire entendre, pour les raisons précisées plus haut.

C’est dommage. 

Cela montre qu’il est préférable de parler à la raison plus qu’au corps ; mais cela, la chanson ne le permet pas.


 

16:42 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : houillon2014, pontoise-municipales2014, pontoise | | |  Facebook

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