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16/12/2011

la prêche nous casse les prunes

http://www.mai2012.fr/
Winter, le 15 Décembre 2011

«Chirac s’en va, Jésus revient !»

Le train de banlieue du matin est toujours une expérience intéressante, surtout lorsque l’obligation de le prendre n'est que ponctuelle.


Il est tôt. L’air déjà vicié de la voiture qui, au rythme des haltes banlieusardes,s’emplit jusqu’à l’excès embue grassement des vitres mal ventilées par  lesquelles le voyageur encore en phase de réveil et un peu prisonnier de ce concentré d’humanité souffrante peut se surprendre à laisser glisser sur le monde extérieur un regard un peu cataracté.


Dans le silence pesant qui précède la journée de labeur, chacun tente - derrière un journal gratuit aux insignifiantes nouvelles, en se maquillant derrière son miroir de poche ou dans le reflet de son smartphone, caché derrière les pages populistes du dernier roman à la mode, ou simplement assoupi les yeux mi-clos attendant le terminus - dans des fragrances de parfums bon marché et au rythme régulier du son sourd de la motrice avalant les rails, de se gagner sa part d’intimité.


Ce silence soigneusement rythmé, d’avantage prégnant les lundis matins , participe quotidiennement de la transition qui mute le voyageur mal réveillé en travailleur docile.


Oui mais voila. Cassant l’équilibre d’une paix sociale négociée sous la contrainte d’une compagnie forcée par les encombrements de la vie parisienne et de l’habitude réunis, ce lundi matin, IL était là, dans la voiture.


Grand, noir, costaud et fier, c’était la première fois qu’on le voyait ici, debout sur la plate-forme, se faisant une place dans l’enchevêtrement des corps. Habituellement, on le croise sur le quai de métro de la ligne 5, à la gare du  Nord, aux heures de pointes : On peut alors l’éviter, passer devant lui en faisant mine de ne pas l’avoir vu, faire comme si l’on n’avait rien entendu, et filer en douce vers sa rame , mais aujourd’hui, LE FOURBE, il était déjà là de bon matin, profitant de ce temps de captivité forcé imposé aux travailleurs associé à un taux de remplissage hors normes, et, du haut de son bon mètre quatre vingt dix, d’une voix grasse, ininterrompue, forte et fière, dans le silence endormi du matin, LE PREDICATEUR se mit à haranguer les transiliens, appelant sur le wagon ensuqué la foudre de dieu pour les amateurs d’alcool, de poker et de fornication, la rédemption pour les petits pécheurs et le salut de l’âme pour les autres.


En somme, assez peu d’espoir pour un Lundi matin.

Il psalmodie sa prêche, calmement, tranquillement. De l’autre bout du wagon je l’écoute. Il parle de dieu, de suicides, de la fin des temps. Ce doit être un adventiste ou quelque chose comme cela. Pour lui, la vie s’inscrit entre sa fin et le début du néant ; le reste, disait Pascal avant lui, ce n’est que divertissement.
Dans notre voiture, d’interminables minutes s’allongent, au fil de l’écoulement de son prêche endiablé. Personne pour réagir. Les âmes sont apathiques, le matin dans le Pontoise-Paris, et le bougre a bien raison de les prendre au moment où elles sont le plus perméable.


Mais comment voulez vous dans ces conditions vous concentrer sur les mots croisés de « 20 minutes » ?
Le paysage s’écoule derrière ces vitres parsemées de vapeur qui nous donnent sur le val des impressionnistes un regard de poisson.


Le type continue son soliloque.

Un ensemble de réflexions me submerge l’esprit : Si mes propres enfants avaient en ma compagnie dans ce lieu et à cette heure le même comportement, assurément une bonne paire de claque les remettrait rapidement en place.


Puis progressivement, le temps et le train avançant dans une course bien réglée, tandis que le prêcheur continue de beurrer à la cantonade une théorie de tartines incantatoires, prisonnier de cet endroit exigüe, la conscience né que ce qui ne pouvait passer à premier abord pour du simple prosélytisme un peu exotique se révèle en fait être une manière de viol qui ne dit pas son nom, et tant la notion de contrainte me semble contraire à la morale portée par la religion, la moutarde monte au nez.


Ce type ne fait rien de moins que de nous imposer son point de vue, et non pas nous éduquer ou nous expliquer une certaine vision du monde.


Mais ce qui irrite le plus, c’est qu’aucune personne, dans ce wagon bondé, ne semble réagir.
Je me lève, et de l’autre bout du wagon, tentant de couvrir sa voix puissante, je l’apostrophe indiquant que si, dans ce lieu confiné, chacune des religions représentées sans compter celles qui n’en sont pas , veut se mettre a prêcher, du juif au mahométan en passant par le franc-maçon et le communiste, la cacophonie engendrée risque de rendre la lecture du journal un peu compliquée.
Cela ne perturbe en rien notre prêcheur qui continue invariablement sa litanie monotone.
Du coup, une envie furieuse me prend de faire comme lui, sur le même ton et au même rythme, mais pour les prochaines élections :
« Citoyennes, citoyens, travailleuses, travailleurs, vous pensez que votre ennemi c’est votre voisin quand votre ennemi c’est votre banquier. Votre banquier c’est le diable, le diable sur terre, le diable incarné. Il est là, près de vous, il approche, ne vous laissez pas séduire ».


Et je continue ; ça me défoule… J’explique que si quiconque ayant un hobby ou une conviction se met à vouloir la solilocquer devant tout le monde, la cuisinière qui est tellement fière de sa crème pâtissière qu’elle réussit chaque année pour la buche de Noel familiale pourrait elle aussi - pouquoi pas-  en psalmodier la recette dans le train du matin. Ainsi chacun profiterait des passions et des convictions des autres. Mes compagnons de voyage les plus proches  passent du sourire amusé à franche rigolade;  Cela détend une atmosphère particulièrement pénible et évitera de démarrer la semaine dans des perspectives dantesques.


Les seuls qui semblent ne pas rire, ce sont les noirs et les antillais : ils ont sans doute pris au premier degré la divine comédie. Chez ces gens-là, madame, on ne plaisante pas avec la religion.



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