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15/01/2011

Point final ?

 

Winter, le 14/01/2011

www.mai2012.fr

« les poules étaient sorties VIRGULE, dès qu'on leur avait ouvert la porte »

Cette petite phase célèbre nous rappelle l'importance de bien poser la ponctuation.

Alors que l'on seriné à la petite école que la ponctuation était l'âme d'un texte, je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi, dans notre langue écrite, il y a aussi peu de signes qui la marquent : Ceux-ci se réduisent à la virgule, avec ou sans point, et au point, avec ou sans exclamation, parfois double ou parfois triple,  ou d'interrogation, et puis c'est à peu près tout. On peut y ajouter le tiret, à la rigueur, mais le guillemet en soi n'est pas un signe de ponctuation, car il se suffit rarement à lui seul.

espaces[1].jpgCar si le rôle de la ponctuation est d'ordonner le texte, donc de lui donner du rythme et du souffle, on n'a, de fait, que deux signes et puis on à fait le tour du code émotionnel que la langue écrite nous autorise : la virgule et le point.

C'est peu, car une fois passé le souffle de la retenue ou de l'emphase, il nous reste toute une palette de sentiments dont la ponctuation ne peut rendre compte.

Ceci m'a toujours interpellé, tout particulièrement dans le cadre des textes destinés à être lus (le théâtre, les dialogues etc...)

Prenons un exemple, tiré de ma Grande Littérature Personnelle.

« c'est - dit elle - un bien étrange supplice que de vous avoir près de moi ! »

Comment prendre ici le point d'exclamation ? ponctue-t-il une supplique, un reproche, l'expression d'une tristesse ou la marque d'une joie ? A la lecture du texte, si le contexte ne l'exprime pas clairement, nul ne pourra le deviner, et l'interprète devra faire preuve d'imagination pour traduire sans la trahir la volonté de l'auteur.

Cette histoire me travaille depuis des années, et je pensais ne jamais y trouver de réponse, alors que celle-ci était à quelques clics de mes lèvres.

En effet, à l'heure où les professeurs de français se plaignent que les jeunes élèves oublient ou sacrifient les caractères accentués, les points et les virgules, assez paradoxalement, la culture informatique, par le truchement des forums de discussion rapides - les « chats » -  a imposé  ces drôles de petits signes que l'on insert dans un texte frappé au clavier et que les jeunes appellent de manière particulièrement judicieuse des « émoticons », acronyme de « émotion » et « icône », ou en canadien des « binettes ».

Il faut remonter au début de la micro-informatique, dans les années 1985, à l'époque où les impératifs techniques faisaient que l'on comptait chaque octet, pour trouver l'utilisation de ces drôles de motifs :

Ainsi, il était plus simple d'écrire : ) pour exprimer rapidement le fait que l'on était content, ou : ( le fait que l'on était triste : la traduction de ces signes se faisant par une interprétation du dessin ainsi formé, après rotation horaire de 90°.

Mais en vérité, ces signes n'étaient et ne sont rien d'autre que des signes de ponctuation, au sens où ils insèrent dans la lecture tout ce que les lettres ne permettent de dire, et une certaine idée de l'émotion que le lecteur doit porter au texte.

Evolution technologique aidant, le : ) est devenu un petite bonhomme rond jaune qui rigole , le : ( est devenu celui qui pleure , puis tout un ensemble de glyphes est venu agrandir le champ émotionnel du forum de discussion, avec parfois des signes qui n'ont plus grand-chose à voir avec de la ponctuation au sens propre, ou de l'émotion, tels que le verre, une bombe etc etc...

47511-smiley-fahlman[1].pngLes acteurs informatiques les plus puissants ont imposé leurs glyphes et tout un ensemble de petit dessin est maintenant totalement intégré à la culture écrite de nos enfants de manière très consensuelle, et, ce qui est plus fort, universelle !

Alors, au fond, au-delà de ce que l'on pourrait prendre pour quelque chose d'anecdotique, ces symboles ne représentent ils pas un  véritable et très extensif code de  ponctuation ?  Ne préfigurent ils pas une manière de transcrire largement plus fine celle que nous avons apprise à l'école ?

Ainsi, si l'on reprend notre exemple initial

« c'est - dit elle - un bien étrange supplice que de vous avoir près de moi ! »,

et qu'on ajoute un de ces petits signes

« c'est - dit elle - un bien étrange supplice que de vous avoir près de moi ! :( »,

le lecteur a infiniment plus d'information sur l'intention de l'auteur : on devine dans ce cas que la narratrice préférerait ne pas vivre cette troublante promiscuité...

A l'inverse, si l'on écrit la phrase de la manière suivante :

« c'est - dit elle - un bien étrange supplice que de vous avoir près de moi ! :) »,

on devine que le sentiment est totalement opposé.

Ce qui est étonnant, c'est qu'en moins de trente ans, nous ayons tellement bien intégré ces codes qu'il y a gros à parier qu'a la  lecture successive à haute voix de ces phrases, le résultat  ne sera pas le même.

Ainsi, nos jeunes que nous autres - leurs ainés - avons tendance à prendre pour incultes ont développé un système d'expression infiniment plus riche que celui que nous avons utilisé pour les éduquer.

Mais après tout, n'est ce pas cela le propre de l'éducation, que l'élève dépasse rapidement le maître ?

Et à qui dirait que ces signes ne relèvent pas de la graphie, de la littérature ou du français mais du dessin, l'on répondra aisément que le propre de l'expression écrite est de savoir faire passer au plus grand nombre avec des signes écrits des idées abstraites ou des sentiments retenus et qu'à ce petit jeu, nos enfants y arrivent avec infiniment plus de dextérité que nous ne saurions le faire.

 

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