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24/11/2007

Si tu travailles pas bien à l'école, tu seras boueux.

Cela va bientôt être la saison, je ressorts donc ce petit "cliché" pris à Nantes en Mars 2006;

 

Devant la gare de Nantes, à la sortie Nord, passe un boulevard, bordé de commerces divers et variés, tout ce qu’on trouve habituellement dans ce type de lieux : Cafés, coiffeurs, fast food, médecins, boutiques pour presbytes et sex shop .

Sur les larges trottoirs qui bordent l’avenue, outre des filles bien alignées qui - offrant leur meilleur profil en attendant de vendre l’autre – nonchalamment poireautent dans l’attente du chaland , on y trouve également des marronniers, plantés eux aussi en rang d’oignon .

L e mois d’avril arrive avec sa théorie de travaux horticoles que les ouvriers zélés doivent sans tarder engager . L a notion de cantonnier, jardinier municipal ou employé communal étant un concept en voie de disparition, les villes font désormais appel – avec les mêmes sources de financement qu’il y a 50, 100 ou 200  ans c’est à dire vous et moi - dans le cadre de contrats forts attractifs, à des société privées d’entretien d’espaces verts qui mettent tout le savoir-faire dans l’entretien et l’embellissement des plantations et jardins urbains .

Pour l’heure, il convient d’élaguer douze de ces  imposants platanes qui offriront cet été au passant pressé un ombrage apaisant : un passage de machine au dessus, un passage à gauche, un passage à droite, un passage derrière et un passage devant permettront de transformer chaque arbre en un cube de verdure bien aligné sur le précédent .

L e dispositif pour réaliser l’opération l’élagage nécessite, pendant la durée des opérations de bloquer la route,  afin de  laisser lace à l’infernal cortège .

En tête, arrive une machine énorme : Il s’agit d’un engin imposant, hybride de bulldozer et de chariot élévateur, dont l’avant est équipé d’un bras articulé en forme de  « Z », et qui, déplié, doit bien monter à 7 ou 8 mètres de haut . L ’avant bras est munis de 6 ou 8 lames circulaires alignées qui tournent rapidement . L ’opérateur, par un subtil jeu de manettes, meut dans un geste précis et subtil cet énorme couteau articulé et la machine découpe – tel une personne qui couperait du pain -  bien au carré,  le platane, envoyant au passage avec force des éclats de bois sur les trottoirs où les passants se hâtent .

Cette machine doit bien consommer dix litres de carburant à l’heure, et appelle, pour sa manutention, une personne devant qui lui ouvre le passage, un opérateur et une personne sur le côté qui guide .

Soit au total trois  personnes .

En deuxième position, arrive un camion équipé d’une nacelle élévatrice dans laquelle est perché un homme qui muni d’une faucille montée au bout d’une très longue perche, fait la finition – un travail classique d’élagage en somme - , et fait également choir les dernières branches qui ne seraient pas tombées au sol, et qui présenteraient un risque pour le passant .   Un conducteur fait avancer lentement le camion, tandis qu’au sol un opérateur veille à la bonne marche des opérations .

Soit en total trois personnes supplémentaires : nous en sommes à six .

Ce camion tracte également une broyeuse qui va permettre l’évacuation des branches, sous la forme de copeaux qui seront ensuite recyclés pour un autre usage .

La broyeuse et le camion doivent bien consommer à eux deux dix litres à l’heure, et deux personnes sont nécessaires pour faire fonctionner ce dispositif .

Nous voici avec une équipe de huit personnes .

Derrière ce cortège, à quelques dizaines de mettre derrière, un énorme camion benne de 15 tonnes de charge utile ramassera les copeaux issus du broyage ainsi que les grosses branches qui ne peuvent passer au broyeur . Il faut un conducteur pour cet énorme camion, ainsi que deux opérateurs au sol pour sécuriser la zone et nettoyer les trottoirs et la rue, et retirer les plots en plastique qui servent à baliser le chantier . Un des opérateurs est équipé d’une machine qui se porte sur le dos et qui permet de générer un puissant courant d’air qui permettra de rabattre vers la broyeuse les copeaux restants sur la route .

Il faut dont trois personnes supplémentaires, et l’ensemble – souffleur plus camion – doit bien consommer 5 litres à l’heure .

Cela porte notre équipe à onze personnes .

On peut imaginer que l’opération durera vraisemblablement trois heures et demi, soit une demi-journée, sans le temps de balisage et le temps administratif nécessaires pour établir les arrêtés municipaux, et aura mobilisé onze ouvriers dont plusieurs très qualifiés et aura consommé au minimum 75 litres de carburants ainsi que du matériel dont le prix d’achat total doit dépasser des deux cent miles euros .

Pour couper douze arbres .

L ’année dernière, j’ai fait élagué dix mes arbres dans mon jardin . J’ai demandé à un manouche de passage qui fort habillement profite de la saison pour faire le tour des résidences bourgeoises de procéder à l’opération : cela lui fera un billet et, l’occasion faisant le larron,  m’évitera d’avoir à courir après un jardinier . Je lui ai donné 250 euros pour la journée de travail, ce qui est plus que raisonnable , travail dont il s’est acquitté très soigneusement avec une échelle, un baudrier de sécurité et une scie à main, la scie au prétexte – m’a t il dit sans doute pour ne pas avoir à avouer, car s’étant présenté comme un jardinier professionnel, qu’il n’avait pas d’argent pour acheter une tronçonneuse – qu’il ne voulait pas avec un bruit de moteur effrayer les oiseaux…

Sans aller dans l’excès que je viens de citer, il suffit d’un très rapide calcul pour s’apercevoir que mettre en œuvre des moyens aussi importants pour réaliser des travaux aussi simples est une absurdité économique, écologique mais surtout et avant tout un très mauvais calcul politique et social .

Cette histoire se passe à Nantes, mais aurait pu se passer à Pontoise ou ailleurs .

Deux choses en guise de conclusion

D'une part, il me semble de plus en plus patent que les gens qui dépensent notre argent ne sont pas ceux qui le gagnent

De l'autre, si seulement il pouvait leur venir à l'à l’idée qu’en ré-instaurant la pratique de métiers sans qualification, non seulement on rétablirait une échelle de valeur qui aujourd’hui fait tant défaut et dont l’absence a un coût social qui  bien que difficile à quantifier est préjudiciable à tous, - cette échelle de valeur qui permettait à nos parents de nous dire « si tu ne travailles pas à l’école mon fils, tu seras boueux » et  qui permettait à ceux qui ne pouvaient  faire d’étude de s’insérer activement dans le tissus social, de s’inscrire en devenir -  si seulement dis-je il pouvait leur venir cette idée en tête, alors non seulement on ferait des économies substantielles qui pourraient elles-mêmes être utilisées pour subventionner ce type d’emplois, mais plus encore le monde de la ville, notre monde, notre univers quotidien deviendrait sans doute beaucoup plus porteur de sens pour la majorité de nos concitoyens, c’est à dire de stabilité politique pour nos élus .

Mais là, cela necessite de réfléchir un peu plus loin que l'épluchage des marchés publics.

Winter http://urbanitasmagories.20minutes-blogs.fr/ à Nantes le 31 mars 2006

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