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17/11/2007

Paris les jours de grève.

Hier jour de grève

J'ai abandonné la voiture depuis longtemps. J'économise des sous, j'économise du temps. Le temps c'est de l'argent. J'économise donc double, comme au scrabble . En vérité, ce qui m'énerve, c'est que en voiture, TIPP oblige , quand je fais 10 mètres, j'en fais 6 pour l'état, et 4 pour moi, ce qui vu sous cet angle, relativise la performance du fleuron de l'industrie moderne : La Voiture . Et quand je passe au péage pour acquitter l'octroi, un doux parfum de féodalité médiévale - vous savez bien, l'époque ou les serfs étaient esclave de leur maitre -  irradie dans mon carrosse.

Hier donc, jour de grève.

Levé à 4h30 pour tenter d'avoir un train. Retour à la maison à 21h00. De quoi être irrité, mais il y a pire.

Les commentaires commencent dans le train de banlieue, sur le thème "privilégiés"; "fainéants"; "qui va payer leur retraite" etc etc.... Pauvre humanité souffrante. Existe-t-il au monde une seule personne qui accepte de perdre ce qu'elle a ? Surtout quand le père de la nation donne le bon exemple en faisant passer le budget de sa maison de 30 Millions d'euros à 100 millions d'euros en un an...

Parlons un peu des syndicats, les faignasses, fauteurs de trouble, qui veulent ruiner le pays en prônant une semaine de travail de 30 heures.

Le progrès, c'est le travail pour tous.

ha oui ?

Quand je me réveille le matin, je me pose souvent la question de savoir si l'homme préhistorique avait besoin de travailler 35 heures par semaines pour nourrir sa famille ?

Tout d’abord l’homme préhistorique habitait dans les bois.

Il avait sans doute au moins une femme et plusieurs enfants. Mettons nous d’accord sur une famille de 6 personnes, ce qui semble raisonnable.

Un sanglier moyen pèse entre 100 et 150 kilogrammes. Si l’on suppose qu’on peut en manger environ 60%, cela nous fait entre 60 et 90 kilo de viande à manger par animal. On peut imaginer que l’homme des cavernes partait chasser pendant 3 heures  et demi à deux personnes sans doute : n’oublions pas qu’il habitait à proximité des forêts et qu’il avait peu de temps de transport.  A cette époque, ils devaient manger entre 500 Grammes et 1 kilogrammes de viande, et donc,  pour une journée de travail de 7 heures, ils rapportaient au moins de quoi nourrir entre 120 et 180 personnes. Supposons que je me trompe d’un facteur dix, l’homme préhistorique pouvait nourrir entre 12 et 18 personnes pour une journée de chasse, soit entre deux à trois familles.

Une caissière gagne environ 1000 euros par mois soit environ 33 euros par jour. Le prix du cochon au supermarché est d’environ 8 euros . La caissière peut donc acheter chaque jours environ 4 kilo de cochon pour sept heures de travail. Elle gagne 15 à 20 fois moins que l’homme préhistorique. Je ne suis pas certain qu’elle soit très heureuse.

C’est ce qu’on appelle « le progrès social ».

Du coup, comme l’homme préhistorique avait pas mal de temps de libre, cela lui laissait l’occasion de rêvasser devant la nature : il jetait une pierre dans l’eau. Les ronds qui  s’ensuivaient lui évoqueraient assez rapidement l’idée que l’espace n’est pas forcément linéaire et plan ; il fabriquerait des outils très sophistiqués en pierre taillée par une observation attentive de la propagation de l’onde de choc dans un morceau de silex ; et puis lorsqu’on a du temps, on peut se livrer à des activités qui ne servent à rien, comme l’art, la sculpture, la peinture ; Les techniques utilisées dans la grotte Chauvet nous rappellent qu’il y a 30 000 ans, ses occupants maîtrisaient parfaitement  toutes les techniques des perspectives, techniques supposées avoir été inventées à la Renaissance.

C’est sans doute parce que l’homme préhistorique avait du temps devant lui qu’il a pu durer jusqu’à nous, et produire l’homme moderne.

Tout ceci pour dire qu’il est des idées reçues dont il vaut mieux se méfier 

1-     Le progrès social ne va pas de paire avec  le bonheur de l’individu

2-     Travailler plus pour gagner plus n’est pas une vérité historique

3-     Le progrès social ne sert pas forcément ceux qui le propagent

 Donc hier c’était la grève.

Dans le train, les gens vitupèrent sur ces privilégiés qui ne veulent pas abandonner leurs avantages acquis

Nous devons nous arrêter sur cette expression : « Ils ont des avantages acquis ». Il existe dans la société des gens qui ont des avantages qu’ils ont acquis. Cette expression à elle toute seule illustre la bêtise du genre humain. Mais qui sont donc les abrutis qui prononcent en boucle cette phrase ? de riches marchands ? d’influents hommes politiques ? Non, le peuple, juste le peuple, rien que le peuple.

Nous sommes dans une société moderne, où le progrès social amène des avantages, c’est une évidence, sinon nous serions encore des hommes de Cro-magnon . Mais cette expression « ils ont des avantages acquis » sous-tend par opposition que si l’on peut avoir des avantages, il ne faudrait pas les avoir acquis. Qu’est à dire ? Les avoir reçus en héritage ou bien encore volés ? On pense immédiatement au droit d’ainesse, au droit de cuissage, ou peut-être aux jetons de présence des administrateurs des sociétés du CAC40.

Donc, les administrateurs de telle multi-nationale on des avantages ; il ne les ont pas acquis ; C’est bien. Ils ont légitimité à les conserver . Le cheminot s’est battu pour travailler moins pour gagner plus ; c’est un avantage ; il l’a acquis ; il ne peut pas le garder.

Mon train avance à la lenteur d’un escargot, à cause des avantages acquis.

J’arrive à  Paris. Là, il y a les avantages acquis qui sont encadrés par d’autres avantages acquis qui prennent leur retraite à 45 ans, savoir les souliers à clou. Tous ces avantages acquis s’engueulent a qui mieux mieux. Il y a aussi la police ferroviaire. Ceux-là n’ont vraiment pas de bol. Ils n’ont pas d’avantages acquis, et en général quand ils veulent faire preuve d’initiative ou de zèle , cela se termine au tribunal. Ils gagneraient à mon avis beaucoup plus à être hommes préhistoriques plutôt que ferroviaires

Tentative de prendre un métro.

Laisse, Madeleine, je me fâche pas, j’explique aux gens.

Donc, demi tour et marche à pied jusqu’à l’arc de triomphe.

Petit client d’œil en passant aux Vélibienne, Vélibiens qui vont à la chasse. Attention danger : un arbre peut cacher un bus qui peut cacher un camion  qui peut cacher un hôpital , tout cela à cause des avantages acquis ; bonjour aux rolleriens, aux cyclistes et patineurs en tout genre.

Paris est beau grouillant de monde ; les jeunes cavalent ; les quadra transpirent et les vieux s’essoufflent. Cela leur laisse un peu de temps pour réfléchir.

Un peuple qui réfléchit est un peuple qui avance.

Un peuple qui avance est un peuple qui progresse.

Un peuple qui progresse est un peuple qui acquière des avantages.

Vivement la prochaine grève !

Winter 17 Novembre 2007
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15:50 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grève;avantages acquis;progrès;sncf;ratp | | |  Facebook

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